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Assemblée Générale 2009
Dictée des anciens

L’aventure de la pie

Lorsque le temps était beau, les pensionnaires du collège sortaient le jeudi et le dimanche. On nous menait souvent au Mont-Dol, au sommet duquel se trouvaient quelques ruines gallo-romaines : du haut de ce tertre isolé, l’œil plane sur la mer et sur les marais où voltigent pendant la nuit des feux follets, lumière des sorciers qui brûlent aujourd’hui dans nos lampes. Un autre but de nos promenades étaient les prés qui environnaient un séminaire d’Eudistes. Un jour du mois de mai, l’abbé Egault, préfet de semaine, nous avait conduits à ce séminaire : on nous laissait une grande liberté de jeux, mais il était expressément défendu de monter sur les arbres. Le régent, après nous avoir établis dans un chemin herbu, s’éloigna pour lire son bréviaire. Des ormes bordaient le chemin : tout à la cime du plus grand brillait un nid de pie ; nous voilà en admiration, nous montrant mutuellement la mère assise sur ses œufs, et pressés du plus vif désir de saisir cette superbe proie. Mais qui oserait tenter l’aventure ? L’ordre était si sévère, le régent si près, l’arbre si haut ! Toutes les espérances se tournent vers moi : je grimpais comme un chat. J’hésite, puis la gloire l’emporte : je me dépouille de mon habit, j’embrasse l’orme et je commence à monter. Le tronc était sans branches, excepté aux deux tiers de sa crue, où se formait une fourche dont une des pointes portait le nid. Mes camarades, assemblés sous l’arbre, applaudissaient à mes efforts, me regardant, regardant l’endroit d’où pouvait venir le préfet, trépignant de joie dans l’espoir des œufs, mourant de peur dans l’attente du châtiment. J’aborde au nid ; la pie s’envole ; je ravis les œufs, je les mets dans ma chemise et redescends. Malheureusement, je me laisse glisser entre les tiges jumelles et j’y reste à califourchon. L’arbre étant élagué, je ne pouvais appuyer mes pieds ni à droite ni à gauche pour me soulever et reprendre le limbe extérieur ; je demeure suspendu en l’air à cinquante pieds. Tout à coup un cri : « Voici le préfet ! » […]

François-René de Chateaubriand. (Mémoires d’Outre-Tombe.)

… et je me vois incontinent abandonné de mes amis, comme c’est l’usage. Un seul, appelé Le Gobbien, essaya de me porter secours, et fut tôt obligé de renoncer à sa généreuse entreprise. Il n’y avait qu’un moyen de sortir de ma fâcheuse posture, c’était de me suspendre en dehors par les mains à l’une des dents de la fourche, et de tâcher de saisir avec les pieds le tronc de l’arbre au-dessous de sa bifurcation. J’exécutais cette manœuvre au péril de ma vie. Au milieu de mes tribulations, je n’avais pas lâché mon trésor… En dévalant le tronc, je m’écorchai les mains, je m’éraillai les jambes et la poitrine, et j’écrasai les œufs : ce fut ce qui me perdit. Le préfet ne m’avait point vu sur l’orme ; je lui cachai assez bien mon sang, mais il n’y eu pas moyen de lui dérober l’éclatante couleur d’or dont j’étais barbouillé : « Allons, me dit-il, Monsieur, vous aurez le fouet. »

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