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Au cours de la deuxième Assemblée générale, le 11 juillet 1895, l'abbé Charles ROBERT, secrétaire de l'Association, prêtre de l'Oratoire de Rennes, est invité à lire une pièce en vers très ancienne sur les origines du couvent des Cordeliers.

Ce poème est reproduit dans le bulletin de l'Association de l'année 1895, page 21 à 24.

 


L'an mil deux cens un an et quarante
Que saint Louis le Noble Roy de France
Passa la mer o grand nombre de gens
Devotieux et de noble creance.

Tous ensemble d'une bonne alliance
S'en partirent pleins de divin amour
Avecq eux conestable de France
Mr Henry le Baron d'AVAULGOUR.

S'en allèrent par grande dévotion
Pour recouvrer la noble et sainte terre.
Le conetable le Baron d'Avaulgour
Y demeura deux ans pour la conquerre.

Les Sarrazins leur firent dure guerre
Tant qu'ils pensaient s'en aller tous mourir.
Le connetable mit les genous à terre
Et commenca à pleurer et gémir.

Benoist Jésus qui voulustes mourir
Pour nous en croix, ayez de nous pitié,
Contre ces chiens nous secourir
Qui vous saints Lieux ont ainsy prophanié,

Et mon palais à Dinan situé
J'en ferai faire couvent de saint Franzois
Pour servir Dieu en hyver en esté
Et lesseray mes chevaux et harnois.

Bientost apres se apparut saint Franzois
Au conestable, disant qu'il gaignerait
La bataille contre ces chiens Turquois
Et que pour luy Jésus Christ il prierait.

Le conetable au Roy s'en va tout droit,
En lui disant, Sire, prenez couraige,
Nous gaignerons car nous avons bon droit?
Par St Franzois nous aurons l'avantaige.

De vous, Sire, je ne veux plus de gaiges
Car le monde je veux y abandonner
A servir Dieu, auquel à son imaige
Il luy a plu nous crayer et former.

De St Franzois l'ahbit s'est fait donner
Du bon docteur dit St Bonaventure
Dont St Louis se pris à en pleurer
Et la noblesse en eut grande amertume.

Puis à Dinan Par St Bonaventure
Fut envoyé et bastit le couvent
De devotion et de honeste mesure
Ou il vescut et mourut saintement.

Plusieurs seigneurs de son très noble sang
L'ont ensuivy en sa religion
En laquelle ont vescu saintement
Dont en est grande memoire et renom.

Entre les autres chevaliers de grand nom
Mr Geffroy BOTHEREL de Quintin,
Seigneur Hardouin TOURNEMINE par raeson
Ont fait service à Dieu soir et matin.

Prenons sur eux notre exemple et patron
Et de bonne heure prenons les bons logis
Demandons tous à notre Dieu pardon
Heureux sera qui aura paradis.

Notre Dame des Vertus appellée
Une imaige fut icy envoyée
Par le docteur dit St Bonaventure
Ou des malades il est fait grande cure. (1)

* Cette pièce se trouve à Paris, à la Bibliothèque nationale, (ms. lat. 17092), auprès d'autres, d'importance moindre, concernant également les origines du couvent des Cordeliers.
C'est une copie faite par Dom Denis, en 1695, « d'un écrit du siècle passé », comme le dit le savant Bénédictin, c'est-à-dire du XVIe siècle. Dans la transcription j'ai conservé jusqu'aux abréviations qui sont évidemment le fait de dom Denis.
C. R.

(1) Cette image de Notre-Dame des Vertus, envoyée par S. Bonaventure au Couvent des Cordeliers de Dinan, se trouve actuellement dans l'église S. Sauveur de la même ville. Elle est encadrée dans la boiserie du haut de l'autel de S. François (près de la sacristie). Cette image, sculptée dans deux panneaux de chêne d'environ 0m8O de hauteur sur 0m60 de largeur, représente la Sainte Vierge les mains jointes, accostée de six anges, échelonnés deux par deux. Les deux premiers anges, vêtus de robes, sont agenouillés à la hauteur de la tête de Notre-Dame, au-dessus de laquelle ils tiennent une couronne à grandes fleurs e lys alternant avec de petits trèfles.

Les deux anges du milieu, également agenouillés, soutiennent la robe et les coudes de la Vierge ; ils sont couverts d'une sorte d'armure à écailles qui ne leur laisse libres que les extrémités : tête, pieds et mains.

Enfin les deux anges du bas, agenouillés aux pieds de la Vierge, sont, comme les deux anges supérieurs, vêtus de longues robes. D'une main, ils posent sous les pieds de Notre-Dame des Vertus un croissant d'argent qui apparaît à travers des nuages d'or d'une facture toute particulière ; et, de l'autre main, ils soutiennent la Vierge.

Telle est cette remarquable, respectable et précieuse image du XIIIe siècle, que la révolution a chassée de son antique sanctuaire, et que les pieux curés de St Sauveur ont recueillie, en attendant de la restituer à la sainte maison à laquelle S. Bonaventure l'avait offerte.

Ch. Robert.

 

 

 

Le statuaire breton Armel DÜ*, a exécuté une copie de la statue conservée dans la basilique Saint-Sauveur. Cette reproduction, longtemps exposée dans une niche, près de la tour du Capitole, sur un mur de la cour d'honneur de l'école des Cordeliers, a été restaurée à l'initiative de l'Association des Anciens élèves et est accrochée sur un mur de l'escalier d'honneur au premier étage.

* Armel DÜ est le nom d'artiste de Paul DURAND, élève aux Cordeliers de 1915 à 1924.

 

 

Cy est la fondation du venerable couvent de saint François à Dinan,
autrement dit N. D. des Vertus
*