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LES BÉNÉDICTINES DE DINAN

ET

LE COLLÈGE DES LAURENTS

PAR Ch. ROBERT, prêtre de l'Oratoire de Rennes.

 


La maison des Bénédictines de Dinan fut fondée en 1628. Ces religieuses étaient installées dans la communauté de la Victoire, actuellement occupée par le College communal. En 1746, un incendie détruisit une partie de leur Communauté ; et, depuis lors, les Bénédictines, qui vivaient sans « fondation ny bienfait que des religieuses qui entrent auxdictes maisons » – selon le document récemment publié par M. de la Borderie, dans la Revue de Bretagne et Vendée (août 1890), – les Bénédictines, dis-je, tombèrent peu à peu dans une véritable misère. Elles vivaient, comme nous allons le leur entendre dire, « des aumônes et charités de l'évêque de Saint-Malo et autres personnes charitables, et d'une rente faite par le Roy. »

En 1770, elles présentèrent une requête à M. l'abbé de Pontbriand, vicaire général de l'évêque de Saint-Malo, lui exposant la détresse dans laquelle elles se trouvaient et le priant de supplier l'évêque de Saint-Malo de leur assurer une pension viagère en échange de l'abandon qu'elles lui feraient de leur monastère et de ses dépendances.

L'année suivante, 28 octobre 1771, Monseigneur des Laurents, évêque de Saint-Malo, envoyait M. Jacob, son vicaire général, visiter la Communauté et s'enquérir de ses besoins.

M. Jacob dressa, comme suit, le procès-verbal de sa visite : (1)

(1) Arch. départ. d'Ille.et-Vilaine, G. 73,. Évêché de Saint-Malo.

« L'an mil sept cent soixante-onze, le vingt huitième jour d'octobre, nous, vicaire général de Mgr l'Evêque de Saint-Malo, nous sommes transportés au monastère des religieuses Bénédictines, dit de la Victoire de la ville de Dinan en ce diocèse, accompagnés du sieur Jean Servan Pierre Puelle de Saint-Simon, directeur et chapelain dudit monastère, et du sieur René Derouillac, prêtre, professeur en théologie, où étant arrivés et nous ayant fait ouvrir les portes du monastère nous avons convoqué la Communauté, que nous avons trouvée composée de huit religieuses de chœur professes, scavoir les sœurs Laurence Gauthier, dite Marie de Saint-Dominique, prieure. Thérèse Gillette Girard, dite Marie de Sainte-Pélagie, sous-prieure et dépositaire.
Angélique Baudet, dite, de Sainte-Croix.
Hélène-Thérèse Piednoir, dite, Marie de Jésus.
Anne-Marie Cardan, dite, Marie de Sainte-Anne.
Julienne Roüyer, dite, de Sainte-Rosalie, procureuse.
Julienne Dracke, dite, Marie-Angélique, tourrière.
Jeanne-Elisabeth Mahault, dite, Marie de Sainte-Agnès.
De trois soeurs converses professes, scavoir les sœurs :
Marie Nouri, dite, de Saint-Félix.
Mathurine Hautière, dite, de Saint-Joseph.
Julienne Nepveu, dite, de Saint-Jean.
Et de plus une oblate, ou pensionnaire perpétuelle, demoiselle Rose Aubry.
Nous leur avons exposé le sujet de notre visite, et avons requis que les religieuses vocales s'assemblassent capitulairement, afin de nous faire, chapitre tenant, une déclaration exacte de tous les biens, tant en fond qu'en mobilier que possède actuellement la Communauté, et des charges qu'elle est obligée de remplir. Sur cette requisition lesdites religieuses se sont rendües et assemblées au Chapitre, suivant les formes canoniques et ordinaires, et au son de la cloche, et ont fait par écrit la Déclaration suivante :

« Nous superieure, sousprieure, procureuse et autres religieuses vocales du Monastère de la Victoire de Dinan en Bretagne, diocèse de Saint-Malo, capitulairernent assemblées en notre dit monastère, déclarons à M. Jacob, vicaire général de Mgr l'Evêque de Saint-Malo, que nous possédons ce qui suit :
1° Un trait de dixme du Vaulernbert, paroisse de Corseul, affermée quatre vingt livres, cy.....80 l.
2° Un colombier, trente livres, cy.............................................................................................30
3° Une petite maison et deux petits jardins au haut du champ, nonante-six livres, cy ........... 96
4° Deux autres petits jardins, trentre-trois livres :....................................................................33
5° Un petit cellier, vingt livres ..................................................................................................20
Total des biens fonds :..........................................................................................................259 l.

Charges annuelles

Deux cents quarante-six messes.
Aux PP. Jacobins deux cents quatre-vingt-cinq livres, seize sols.............285 l 16s
A la paroisse de Saint-Malo, dix livres..............................................................10
Aux PP. Cordeliers, cinq livres, dix sols........................................................5 10
A la paroisse de Saint-Sauveur, quinze sols...................................................15
A l'abbaye de Beaulieu, seize sols, trois deniers............................................16s 3d
Au Domaine, trois livres, un sol, six deniers................................................3 l 6
A la chapelle des Deleguay, paroisse de Saint-Sauveur, cinq livres............5

Total des charges annuelles :..................................................................310 l 18 s 9d

La susdite déclaration qu'elles nous ont mise en main est signée par les huit religieuses vocales composant le chapitre. Et sur ce que nous leur avons fait remarquer que parmi les charges, elles n'avoient fait aucune mention de ce qu'elles étoient obligées de païer à leur chapelain pour son honoraire; elles nous ont déclaré qu'elles payaient annuellement une somme de trois cents livres; laquelle ajoûtée à celle ci-dessus, fait celle de six cents dix livres dix huit sols neuf deniers de charges annuelles. Elles nous ont déclaré en outre qu'elles sont redevables de plusieurs années d'arrérages de la somme de 285 l., 16 s., marquée ci devant düe annuellement aux PP. Jacobins, pour quelque partie du terrein qu'occupe leur monastère; n'ayant pas été en état de les payer, à raison de l'extrême misère où elles sont réduites, ne vivant que des aumônes et charités que leur font Mgr l'Evêque de Saint-Malo, et les autres personnes charitables, qui veulent bien avoir pitié d'elles ; et de la petite rente que veut bien leur faire Sa Majesté ; laquelle rente ayant été diminuée de cent livres à la mort de chaque religieuse, depuis l'incendie de leur monastère arrivé en 1746, a été réduite pour l'année dernière à cent écus.

Elles ont ensuite ajouté qu'elles n'avoient aucune autre espèce de biens, que les ornemens et argenterie de l'Eglise, et les meubles, nipes et ustenciles servant à la Communauté. Et comme nous aurions voulu connaître au juste à quoi pouvait se monter la valeur de toutes ces choses, nous avons fait entrer, du consentement des religieuses, un maître orfèvre juré, avec lequel nous nous sommes transportés à la sacristie intérieure de la Communauté, accompagnés de la Prieure, de la Sacristaine et autres religieuses, et nous avons visité, examiné et fait peser en notre présence toute l'argenterie servant à I'Eglise et qui consiste en quatre chandeliers d'autel, une grande et une petite lampe, un bénitier avec son goupillon, un encensoir avec sa navette, trois paires de burettes avec deux plats ou cuvettes, un soleil, un plat de communion pour les religieuses, deux calices avec leurs patènes, et deux ciboires (dont un étant dans le Tabernacle avec les hosties, n'a pu être pesé) et toutes ces pièces d'argenterie ayant été pesées séparément, se sont trouvées faire ensemble la quantité de 79 marcs, 7 onces, un gros 1/2 lesquels . 48 le marc font la somme de 3,835 l. 2 s. 6 d. et l'inventaire a été rédigé par écrit par ledit orfèvre qui l'a affirmé véritable, et après l'avoir signé, s'est retiré.
Nous avons ensuite requis deux revendeurs, ou priseurs jurés, pour faire l'estimation des ornernens de ladite sacristie, et sont alors entrés le sieur Hyacynthe Hercouët, maître tapissier juré, et la demoiselle Marie Mallet, marchande jurée et priseuse, tous deux de la ville de Dinan ; lesquels ont vû, examiné et estimé, en notre présence, séparément et pièce à pièce, tous les ornemens, qui consistent en chasubles avec leurs dépendances, chappes, dalmatiques et tuniques, paremens ou devants d'autel, étoles, etc., dont un certain nombre sont encore beaux, quelques-uns précieux en broderie et le reste d'étoffes simples, plus ou moins usés; lesquels ont été estimés valoir ensemble la somme de 1,893 l. 10 s., et I'inventaire a été mis par écrit et signé par lesdits Hercouët et Mallet.
Aïant ensuite fait, de la même manière, l'inventaire et l'estimation des linges de ladite sacristie, consistants en surplis, aubes, nappes d'autel, etc., ils se sont trouvés former ensemble la somme de 236 l.
De là, nous nous sommes transportés dans toutes les chambres communes et particulières, cellules, et dans tous les lieux qui composent ledit monastère, où nous avons visité, examiné et fait estimer séparément et pièce à pièce, tous les meubles, linges, ustenciles, comme lits, armoires, tables, etc., et généralement tout ce qui sert à la Communauté ; toutes lesquelles choses se trouvant en fort mauvais état, et plus qu'à demi-usées, ne font tout ensemble, suivant l'inventaire exact que nous en avons fait faire, que la somme de 1,379 l. 8 s. Les religieuses nous ont assuré n'avoir pour leur service aucune pièce d'argenterie.
Lesdits prisage et estimation étant finis, après avoir renvoïé lesdits priseurs, nous nous sommes transportes à la cellule de la dépositaire ou procureuse, et là nous avons fait ouvrir, en présence des deux Messieurs qui nous accompagnaient et des mêmes religieuses que cidevant, le coffre de dépôt, servant d'archives à la communauté, et nous avons vû, examiné et cotté tous les papiers qui s'y sont trouvés et qui consistent en :
1° Titres et contrats d'acquêt du terrein qu'occupe ledit monastère, lequel a été aggrandi et étendu successivement, par parties et en differens tems.
2° Un nombre de quittances des rentes et sommes payées par les religieuses.
3° Des ordonnances et réglemens des seigneurs évêques de Saint-Malo pour les religieuses.
4° Des requêtes, transactions, sentences et autres pièces concernant les procès qu'a été obligée de soutenir quelquefois la Communauté.
5° Les livres de compte et registres de recette et dépense de la communauté, en düe forme.
6° Enfin une quantité de papiers différents d'assez peu d'importance.
Et sur ce que lesdites religieuses nous ont assuré qu'elles n'avoient aucune autre sorte de biens, papiers, titres, ni autre chose à déclarer, qu'elles ne connoissent aucuns fondateurs de leur monastère; nous avons terminé notre visite, et avons dressé et arrêté le present procès-verbal, pour servir où il appartiendra. Fait et arrêté sur les lieux le même jour et an que devant.
Ainsi signé, Sœur Laurence Gaultier, dite Marie de Saint-Dominique, prieure. Soeur Thérèse Gillette Gérard, dite Marie de Sainte-Pélagie, sousprieure et dépositaire. Puelle de Saint-Simon pour Mde Angélique Baudet, dite de la Croix, qu'une incommodité à la main-empêche de signer. R. Derouillac pour Hélène Thérèse Piednoir, dite Marie de Jésus, qui ne peut signer. Anne Cordon, dite Sœur Marie de Sainte-Anne. Sœur Julienne Roüyer, dite Marie de Sainte-Rosalie, procureuse. Sœur Julienne Dracke, dite Marie-Angélique, tourrière. Sœur Jeanne-Elisabeth Mahault, dite Marie de Saint-Agnès, lingère. Jacob, vicaire général. Et plus bas. Par ordre de M. le vicaire général, Simon, secrétaire.
»

Malgré cette constatation de la misère des Bénédictines, les secours tardaient à venir. L'évêque fit une longue absence, pendant laquelle seules les dettes augmentèrent.
Le 6 juillet 1772, les religieuses écrivirent alors une lettre pressante à l'évêque de Saint-Malo (1).

(1) Arch. départ. G. 73.

« Monseigneur,

Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo,
Supplient humblement les religieuses bénédictines de la Victoire de Dinan.
Disant qu'elles ont déjà pris la liberté de vous représenter leur misère extrême, et de vous supplier d'y pourvoir, en leur assignant des communautés de votre diocèse, où elles puissent vivre convenablement et toujours sous votre obéissance et votre protection. Leurs besoins, Monseigneur, n'ont fait qu'augmenter, pendant votre absence, en proportion de leurs infirmités. Leurs dettes, déjà considérables, augmentent également par les arrérages qui s'accumulent, et par l'impossibilité où elles sont d'en acquitter la moindre partie. Il en est de même des réparations de toute espèce nécessaires à leurs murs et édifices, qui deviennent toujours plus urgentes, et dont le défaut ne pourroit manquer d'en occasionner bientôt la ruine.
Le comble de leur affliction est de ne pouvoir espérer d'adoucissement à leurs maux, tandis qu'elles seront réunies dans la maison qu'elles occupent. Leurs meubles, dont elles vous ont, Monseigneur, donné l'état avec celui de leurs dettes, ne leur sauroient être d'aucune ressource. Loin d'y trouver du superflu, elles n'en ont pas même suffisamment pour leur usage, et leurs revenus sont si minces, que, quand ils seroient exempts de dettes, ils ne suffiroient pas pour les besoins d'une seule religieuse, et à plus forte-raison d'une Communauté composée de onze personnes accablées sous le poids de la vieillesse et des infirmités, et par là incapables de se subvenir les unes aux autres, ou de trouver des ressources dans le travail de leurs mains.
Il est donc d'une nécessité pressante et absolument indispensable, pour la conservation de leurs vies, qu'elles soient incessamment dispersées en différentes maisons, pour n'être pas trop à charge à chacune, ou, dégagées de tout autre soin que de celui de leur salut, elles trouvent du soulagement à leurs maux et de la ressource à leur indigence. Il n'y a que votre protection, Monseigneur, qui puisse leur ouvrir ces aziles, et votre charité peut seule y pourvoir à leur subsistance, ainsi qu'au paiement de leurs dettes en principaux et arrérages, et aux réparations nécessaires à leurs maisons et édifices.
Mais comme il ne seroit pas juste, que votre Grandeur en fit les frais sans en avoir reprise, et que d'ailleurs ces communautés feroient sans doute difficulté de les recevoir à moins d'avoir des hipoteques valables qui assurent leur paiement en touttes circonstances, les suppliantes déclarent y affecter dès aujourd'hui tous leurs biens fonds, vous priant, Monseigneur, d'en prendre vous-même l'administration, avec la faculté d'y commettre telle personne qu'il vous plaira, soit réservant seulement la propriété jusqu'au décès de la dernière vivante. Elles y affectent également leurs meubles et effets mobiliers, dont elles cedent à votre Grandeur la pleine et entière disposition. A ces conditions, elles osent se flatter de ressentir bientôt de nouveaux effets de votre bienfaisance qu'elles ont déjà tant de fois éprouvée, et elles redoubleront leurs vœux pour la conservation de votre illustre personne. Fait en notre monastère de la Victoire, le sixième de juillet mil sept soixante douze.
»

(Signé :)

Sœur Laurance Gaultier, ditte Marie de Saint-Dominique, prieure ;
Sœur Terese Gilette Girard, ditte Marie Pélagie, souprieure et dépositaire ;
Sœur Angélique Bodet de Sainte-Croix ;
Sœur Anne Cordon, ditte Mari de Sainte Anne ;
Sœur Julienne Roüyer de Sainte Rosalie, procureuse ;
Sœur Julienne Drake, ditte Marie de Saint Agnès. »

La réponse de Monseigneur des Laurents ne se fit pas attendre. Le 20 juillet 1772, ii faisait paraitre l'ordonnance suivante : (I)

(1) Arch. départ.d'Ille-et-Vil., G. 73.

« Antoine Joseph des Laurents (2), par la miséricorde de Dieu et la grace du Saint-Siège Apostolique, Evêque et Seigneur de Saint-Malo, baron de Beignon, conseiller du Roi en ses conseils, etc. Vû la requête à nous présentée par la communauté des religieuses Bénédictines du monastère de la ville de Dinan dans notre diocèse, en date du sixième, présent mois de juillet, tendante, pour les raisons y contenues, à ce qu'il nous plaise les disperser et faire transférer dans d'autres communautés et maisons religieuses, où elles puissent vivre et finir leurs jours tranquillement, conformément à leurs vœux et profession, attendu que l'extrême pauvreté où elles se trouvent réduites dans leur dit monastère, les met absolument hors d'état de pouvoir y subsister : Vû le procès-verbal de la visite faite en forme canonique dans ledit monastère par Mr Jean Jacob, chanoine pénitencier de notre Eglise Cathédrale et notre vicaire général, en date du 28 octobre 1771, par lequel procès-verbal il conste de l'état et extrémité où elles sont réduites : Vû les pièces jointes audit procès-verbal contenant en détail l'état circonstancié du peu de bien qui leur reste tant en fonds qu'en mobilier : Nous, attendu l'extrême pauvreté desdites religieuses, lesquelles ne peuvent absolument vivre dans le monastère de la Victoire de Dinan, et pour les raisons contenues et déduites dans la susdite requête, avons ordonné et ordonnons par les présentes que lesdites religieuses Bénédictines seront dispersées, et sortiront incessamment de leur dit monastére, pour se rendre dans les autres communautés et maisons religieuses qui leur seront assignées par Nous, ou nos grands vicaires, et y demeurer jusqu'à la mort dans l'observation de leurs vœux et profession autant que faire se pourra. En conséquence il sera fourni sur la valeur de ce qu'il leur reste de biens tant en fonds qu'en mobilier, à chacune d'icelles, tant aux Religieuses de Chœur, qu'aux Sœurs Converses et Oblate, une pension viagère alimentaire convenable et telle qu'il sera vû appartenir : parce qu'aussi lesdites Religieuses, avant de sortir de leur monastère, seront tenües de faire dresser par devant notaires et donner une procuration générale et spéciale, telle qu'il conviendra, à Nous, ou à tel autre que Nous leur désignerons, à l'effet de disposer de tous leurs biens, tant en fond qu'en mobilier et généralement de tout ce qui leur appartient, soit pour la gestion et administration desdits biens, soit même pour la vente, aliénation, transport, ou union d'iceux, à telle maison, communauté, institution, établissement, ou autre objet quelconque, suivant qu'il nous paraîtra convenable ou utile pour le bien de l'Eglise ou de notre diocèse : laquelle procuration portera la clause expresse que Nous pourrons Nous en servir par Nous-même ou la transporter, et y substituer telle personne que bon nous semblera. Nous réservant au surplus à Nous ou à nos grands vicaires d'ordonner et régler ce que nous verrons appartenir, pour l'acquit des messes et fondations dont lesdits monastère et communauté de la Victoire de Dinan peuvent être chargés, afin de remplir autant qu'il sera possible et de la meilleure manière que faire se pourra l'intention des fondateurs. Donné à Saint-Malo, dans notre Palais Episcopal, sous notre seing, le contreseing de Notre secrétaire, et le sceau de nos armes, le vingtième jour de juillet, mil sept cent soixante douze. »

(Signe) + ANTOINE-JOSEPH, evêque de Saint-Malo.

Par Monseigneur./. (Place du sceau) (Signe) Rousselin, chane, scrt.

(2) Sur la lettre même des Religieuses se trouve une première rédaction de l'ordonnance, avec des renvois, et portant cependant la signature de l'évêque et celle de son secrétaire. La dernière rédaction, celle que je donne, porte le grand sceau de Mgr des Laurents.C. R.

Le 30 juillet 1772, les Bénédictines donnèrent à Mgr des Laurènts la procuration qu'il demandait (Arch. départ. ibid.), et ce jour même elles quittèrent Dinan et furent dispersées dans d'autres communautés. L'Evêque de Saint-Malo s'engagea à faire à ces onzes religieuses, sur ses propres deniers, une rente viagère de 25,000 livres.

Il y avait alors à Dinan un autre établissement dont l'état était presque aussi précaire que le monastère des Bénédictines. C'était le Collège. S'il faut en croire un rapport (1) fait, en 1763, sur sa situation, l'origine de ce collège est d'une date très éloignée et même inconnue. « La fondation de ce collège est si ancienne, lit-on en effet dans ce rapport, qu'on n'a pu trouver l'acte primordial de son établissement ; il subsistait dès les tems des Ducs de Bretagne, et avant l'union de la Province à la Couronne, ce qui se justifie par les anciens comptes de sindics, miseurs et receveurs des deniers communs successivement rendus, déposés aux archives de la ville, dont le plus ancien qu'on ait pu trouver, est de 1527; il existait longtems auparavant, puisque le compte de 1534 passe en décharge des réparations faites à la maison servant anciennement de Collège. »

(1) Archives de Saint-Malo, série II, N'° 51.

Ce collège se trouvait primitivement au sud-est de la porte Saint-Malo, dans la rue dite de l'Ecole, précisément à cause du Collège.
Mais à l'époque dont nous parlons (1763), cet établissement était situé au nord de la place du Champ, dans la partie actuellement occupée par la librairie Peigné.
Il suffit de lire le rapport de 1763, déjà cité, pour se faire une idée de la triste situation du collège de Dinan. En voici quelques passages :
« Bénéfices unis audit Collège :
Il n'y en a point.
Autres revenus du Collège :
Il n'y en a point.
Biens fonds :
Il n'y en a point d'autres que la maison anciennement destinée au principal et à la tenue des classes, avec le jardin y attenant. »
Si le Collège n'avait point de revenus, il ne manquait point de charges.
Le principal était payé 60 livres par la ville.
Les régents de sixième, cinquième, quatrième, troisième, seconde et rhétorique percevaient de chaque écolier vingt sols par mois.
Le professeur de philosophie et celui de théologie recevaient pour tout honoraire 15 livres par an de chaque écolier.
Quant au sous-principal, il n'avait point d'honoraires.
Ce Collège n'avait même pas le moyen d'avoir des domestiques.
Il y avait cependant un bon nombre d'élèves. A l'article du rapport de 1763, intitulé : Consistance des écoliers actuels, nous lisons :

« En théologie .............44
En philosophie ............63
Dans les humanités...138

Total 245 écoliers.»

Mais cela ne suffisait pas pour faire vivre les professeurs et entretenir les bâtiments.
Aussi le rapporteur déplorait-il cette situation. Et cependant « il est très nécessaire que ce Collège soit conservé, écrivait-il, puisqu'il est le seul dans l'étendüe de vingt lieües de long, depuis Pontorson, entrée de la province de Normandie jusqu'à Saint-Brieuc, sur quinze de large, dont Dinan est à peu près le centre, si l'on excepte le collège de Dol, situé à cinq lieües de Dinan, qui quoique fondé est dezert, n'ayant que soixante dix ecoliers, y comprenant les internes ; le mauvais air y est de notoriété publique contraire à la santé des ecoliers comme aux habitans, qui quoique naturalisés en éprouvent les mauvaises influances (1) ; aussi la plupart des elèves de ce lieu et des environs préferent de venir etudier à Dinan, à cause de la salubrité de l'air, reconnu pour être le meilleur de la province. L'ancienneté de l'établissement du Collège de Dinan prouve par elle-même qu'on en a jugé ainsi dans tous les tems... »

(1) Le collège de Dol fut bâti en 1737 par M. de Sourches, évêque et comte de Dol. II est aujourd'hui occupé par l'école libre Saint-Samson, tenue par les Frères Lamennais. -- Rendant compte des fêtes données à l'occasion de sa bénédiction, le Mercure de France (année 1738), - voir Revue de Bretagne et Vendée, décembre 1889, -- écrivait : « Ce nouveau Parnasse est dans un très bon air. » Sa « situation hors des murs de la ville et à l'opposite du marais le met à l'abri des brouillards et de leur influence maligne. » Ce qui va absolument contre ces dires très intéressés du rapporteur dinannais. Il faut cependant accorder à celui-ci qu'avant le dessèchement des marais, l'air de Dol était beaucoup moins sain qu'actuellement.


Après cette plaidoirie pro domo, le rapporteur indiquait le moyen de sauver le Collège de Dinan :

« S'il plaisoit Sa Majesté de maintenir un Collège Dinan, on y trouverait un lieu très propre, non seulement pour la tenüe des classes, logemens des professeurs et regens, chapelle, etc., mais encore assez spacieux pour y tenir des pensionnaires en tel nombre qu'on dézireroit : la maison conventuelle des relligieuses benedictines de cette ville, auxquels depuis longterns il est deffendu de recevoir des novices et qui ne tirent plus leur subsistance que des bienfaits du Roy et du secours de leur famille, offre cette commodité et dispenseroit ainsi des frais d'un bâtiment. Ces relligieuses sont actuellement en très petit nombre, toutes caduques et infirmes. »

Le vœu du rapporteur ne fut pas immédiatement réalisé. Ce n'est que neuf années après que les Bénédictines abandonnèrent leur monastère aux mains de l'évêque de Saint-Malo (1779). Et il fallut encore attendre cinq années après leur départ pour voir enfin ce monastère restauré par Mgr des Laurents transformé en Collège. C'est en effet le 3 décembre 1777, que Mgr des Laurents put lancer le décret d'extinction de la communauté de la Victoire et d'union de ce couvent au collège de Dinan. Voici ce, décret (2) :

« Antoine Joseph des Laurens, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint Siège Apostolique, Evêque et Comte de Saint-Malo, baron de Beignon, conseiller du roi en ses conseils, etc. Vu les lettres pattentes en forme d'Edit, données à Marly au mois de juin 1770, par lesquelles sur notre requête présentée au Roy à l'effet de confirmer l'établissement par nous projetté d'un college dans l'ancienne maison et monastère des Religieuses Bénédictines de la Victoire de Dinan, en notre diocèse, passé de quoy sur l'abandon qui nous avoit été fait desdits monastère, maison et dependances, par lesdites religieuses, attendu leur extrême pauvretté et leur dispersion, que nous en avions canoniquement faitte, par notre ordonnance du 20 juillet 1772, nous supprimerions la conventualité et monastère desdites religieuses, en unirions lesdits biens audit college, nous fournirions en outre une somme de vingt-cinq mille livres de nos propres deniers que nous avons en effet placé sur le clergé général de France, pour contribuer à la pension alimentaire de chacune desdites religieuses, leur vie durante et tourner à leur decès, tant au profit dudit college qu'à l'acquit des charges de ladite maison, Sa Majesté, conserve et confirme l'ancien établissement du college de la ville de Dinan, dont elle nous déclare fondateur, et ordonne que nous et nos successeurs, à l'Evêché de Saint-Malo, en auront l'entière administration, tant pour le spirituel que pour le temporel, en nommeront les principal, régens et professeur, déclarant Sa Majesté décharger du droit d'amortissement les batimens destinés pour ledit college et I'Education de la jeunesse et pensionnaires, en conformité de l'art. 5 de l'arrêt du conseil du 21 janvier 1738 et de l'art. 13 de celui du 13 aoust 1751, lesdites lettres patentes signées Loüis et plus bas par le Roy, Amelot, scellées du grand sceau de cire verte en lacs de soye verte et rouge. »

(2) Archives départ. d'Ille-et-ViI. G. 73.

L'arrêt d'enregistrement desdites lettres pattentes au Parlement de cette province du 10 décembre 1776, signé L. C. Piquet, par lequel la cour faisant droit sur notre requête et conclusions du Procureur général du Roy, ordonne que les susdites lettres patentes seront enregistrées au Greffe, pour être exécutées suivant leur forme et teneur, conformément à la volonté de Sa Majesté : requête et déclaration des Religieuses Bénédictines du monastère de la Victoire de Dinan, en notre diocèse, capitulairement assemblése, lesdites requêtes et déclaration présentées au sieur Abbé de Pontbriand, notre grand vicaire, dans le cours de sa visite faite dans ledit monastère, le 17 aoust 1770, par lesquelles lesdites Religieuses exposent l'état de dettresse et de misere où elles se trouvent reduittes, et nous supplient d'accepter la cession et abandon qu'elles nous font, de leur monastère et dépendances, pour par nous leur être assuré une pension viagère : Procès-verbal d'une autre visite faitte par le sieur Jacob, notre grand vicaire, par nous à ce commis le 28 octobre 1771, dans le monastère desdites Religieuses Bénédictines de la Victoire de Dinan, contenant l'état de leurs biens fonds et mobiliers, et leurs charges, tant actives que passives, duquel il résulte que la totalité de leurs biens fonds y déclarés, ne monte qu'à deux cent cinquante neuf livres de rente et revenu annuel, que leurs charges y compris 246 messes et fondation annuelle, montent la somme de six cent dix livres dix huit sols neuf deniers, ce qui prouve qu'elles excedent leurs revenus actifs de trois cent cinquante une livres dix sols neuf deniers, que leur mobilier y compris les vases sacrés, ornemens et linges de la sacristie, montent au total, suivant l'estimation en faitte par experts, à la somme de 7444 l. 10 s. 6 d., qu'elles ont déclaré ne pouvoir, suffire et néanmoins déclaré nous abandonner pour payer, outre leurs pensions, toutes leurs dettes passives, dont il était dû plusieurs années, et faire toute leur réparation de leur maison reduitte dans le dernier delabrement, y declarent en outre lesdites religieuses qu'elles ne connoissent aucun fondateur de leur maison. Notre ordonnance du 20 juillet 1772, par laquelle sur la nouvelle supplique desdites religieuses reduites au nombre d'onze, nous aurions ordonné qu'elles sortiroient incessamment de leur dit monastere, comme elles sortirent en effet, pour se rendre dans les autres communautés et maisons religieuses que nous leur assignâmes, et où depuis ce tems elles vivent dans l'observation de leurs vœux et professions, au moyen de la pension alimentaire que nous leur complettons. Grosse de l'acte et procès-verbal, au rapport de Lohier et Beslay, nottaires royaux et apostoliques à Dinan, en datte du 30 juillet 1772, y controllé le même jour, par lequel lesdites religieuses assemblées capitulairement avant et lors de leur sortie et dispersion, nous ont donné et donnent en tant que besoin, pouvoir général et spécial de pour elles et en leur nom gérer et administrer tous leurs biens, tant en fonds qu'en mobilier, et même consentent à l'estinction et suppression de leur dit monastère et communauté, à la vente, aliénation ou union desdits biens, à cette autre maison, communauté, étabIiement et autres objets quelconques qu'il nous plairoit d'ordonner, pour le bien de l'Eglise où l'avantage de notre diocèse, et nous autorisent à faire généralement tout ce qui pourroit être nécessaire et convenable, pour raison desdites gestion et administration où extinction, suppression et union, sous la condition néanmoins qu'il seroit payé à chacune d'icelles religieuses tant professes de chœur, que converses et oblates, une pension alimentaire convenable, et telle qu'il nous plairoit, dans les communautés et maisons religieuses ou nous les aurions transferées ; lesquelles pensions viagères seroient hyppotequées et assurées sur la valleur des biens réels et mobiliers qui leur restoient cy devant mentionnés, laquelle condition a été constamment exécutée jusqu'à ce jour, depuis leur sortie du 30 juillet 1772, comme il conste par les quittances que nous en ont consenties les supérieures et dépositaires ou procureuses des maisons où lesdites religieuses ont été par nous placées : Etat et procès-verbal rapporté le 8 octobre 1772, par le Sr Jacques Etienne Le Maître de Baugran, architecte et ingénieur, demeurant à Dinan, des reparations urgentes et nécessaires aux batimens dependans dudit monastère de la Victoire, lesquelles réparations sont portées en neuf articles principaux la somme de vingt deux mille neuf cent douze livres quinze sols: Grosse de la deliberation de la communauté de ville de Dinan, en datte du 4 may 1775, par laquelle ladite communauté délibérant sur l'utilité, commodité ou incommodité du projet d'établissement du collège, dans ladite maison de la Victoire, reconnoit qu'il n'en peut résulter qu'un très grand avantage tant pour la ville de Dinan en particulier que pour le diocèse en général, celui de Dol et la ville de Saint-Malo, et en conséquence a arrêté de nous ceder à perpetuité par nous et nos successeurs à l'Evêché de Saint-Malo, en qualité de fondateur dudit college, la nomination du principal et des régens, en ce qu'elle cornpette à ladite communauté, laquelle deliberation a été jointe et est referée dans les lettres patentes et arrêt d'enregistrement cy devant mentionnés : Requête du Sr Croupier de Keraudran, promoteur de notre officialité, dans l'archidiaconné de Dinan, tendante à ce que sur les causes y contenües, vu ce qui résulte de toutes les pièces cy devant enoncées, il nous plut de lui permettre de faire faire, en tant que besoin, enquête de la necessité, commodité ou incommodité tant de l'extinction et suppression dudit monastère de la Victoire, que de l'union de ses biens, emplacement et revenus au college par nous fondé en la ville de Dinan, et à cet effet d'assigner et contraindre temoins, devant tel commissaire qu'il nous plairoit de nommer, ladite requete de nous répondüe le 28 novembre 1777, d'un soit fait ainsy qu'il est requis, commettant à cet effet le Sr Durand de la Furonnière, chanoine de notre Eglise cathedralle de Saint-Malo et vice gerant de notre officialité.
L'assignation donné en exécution de notre précedente ordonnance à sept témoins, qui sont les sieurs Sénechal et procureur du Roy de la Senéchaussée royale de Dinan, le maire de ville, les recteurs et trésoriers en charge des deux paroisses de ladite ville, par exploit de Raimond, huissier royal en ladite ville en date du 1er décembre 1777 : Le cahier et procès verbal de l'enquête desdits sept témoins fait ledit jour par le Sr Durand de la Furonnière, de laquelle il résulte une preuve complette de l'utilité et commodité de l'établissement du collège, dans ladite maison de la Victoire, ainsy que de la necessité de la suppression et extinction du titre de ladite maison : Réquête et conclusions définitives dudit Sr de Keraudran, promoteur, tendant à ce que vû ce qui résulte de l'enquête et des pièces cy devant referées, il nous plaise déclarer le titre du monastère des religieuses Bénédictines de la Victoire de Dinan, éteint et supprimé à perpétuité ; et en conséquence unis en notre collège les emplacemens, fruits et revenus en dependans, pour conformément aux lettres pattentes de Sa Majesté, du mois de juin 1776, enregistrées le 10 décembre suivant, au Parlement de cette Province, en joüir dès à présent et être employés par nous et nos successeurs, comme fondateurs et administrateurs, temporels et spirituels dudit collège, tant à sa dotation et payement des personnes y attachées qu'à l'éducation des pauvres étudians, la condition néanmoins de faire acquitter les décimes ordinaires et extraordinaires et généralement toutes les autres charges et rentes dont ledit monastère était tenu, et speciallement de faire celebrer dans l'église dudit monastère les 246 messes de fondations reconnües par lesdites religieuses, dans le procès--verbal de visite du 28 octobre 1771, quoique ce soit tel nombre qu'il sera justifié par les titres : ladite requête par nous répondüe d'un soit communiquée au syndic du clergé de notre diocèse pour sur son avis être par nous statué deffinitivement ainsy qu'il appartiendra ; l'avis et déclarations du sieur Dufresne, syndic du clergé de notre diocèse en date du 2 décembre 1777.
A CES CAUSES, le tout murement consideré, le saint nom de Dieu invoqué, et après en avoir conféré avec plusieurs personnes prudentes, nous avons éteint et supprimé, éteignons et supprimons à perpétuité par les présentes le titre et communauté du monastère des Bénédictines de la Victoire de la ville de Dinan en notre diocèse et en consequence avons uni et unissons pour l'établissement et dottation du collège fondé et établi par nous dans la maison dudit monastère, les terrein, emplacement, batimens et dependances d'icelui, ainsi que de tous les biens et révenus, de quelque nature qu'ils soient, pour par nous et nos successeurs dans l'évêché de Saint-Malo, comme fondateurs et seuls administrateurs spirituels et temporels dudit collège, en disposer ainsy qu'il nous verra appartenir pour ledit collège, et premierement pour avec les arrérages des deux contrats de constitut au capital ensemble de vingt cinq mille livres par nous placés sur le clergé général de France les 11 decembre 1775 et 20 janvier 1776, que nous appliquons et unissons pareillement audit college pour sa dottation, être employés au payment et acquit de la pension alimentaire des religieuses professes de chœur, sœurs converses et oblate perpetuelle qui restent encore vivantes dudit monastère pendant leur vie et tourner en entier après leur mort au seul profit de notre dit college. Ordonnons en outre que les deux cent quarante six messes fondées dans ladite communauté continueront d'être acquittées dans l'eglise du collège, conformement aux actes et titres de fondation et declaration desdites religieuses lors de leur sortie et dispersion ; et qu'au surplus toutes les autres charges quelconques et de quelque nature qu'elles soient, auxquelles lesdites religieuses pouvoient être tenües, continueront également d'être acquittées par le collège, ainsy que les décimes et subventions auxquels il pourroit être imposé. Donné à Saint-Malo, dans notre palais épiscopal, sous notre seing, le contreseing de notre secretaire et le sceau de nos armes, le 3e jour du mois de décembre 1777, signé ANTOINE JOS : évêque de Saint-Malo, et plus bas, par Monseigneur, ROUSSELIN, chanoine.
La présente expedition conforme à l'original déposé au Sécrétariat de l'Evêché de Saint-Malo.

Place du sceau (cire rouge). (Signé) ROUSSELIN, chane Scrtre. »

Ce collège reçut le nom de Collège des Laurents, du nom de son fondateur. A son frontispice, on lisait en effet cette inscription :

COLLEGIUM EPISCOPALE LAURENTIANUM DINANNENSE

En 1791, ce collège fut enlevé aux ecclésiastiques qui le dirigeaient pour devenir ensuite collège communal. – Mais l'un des anciens professeurs du collège des Laurents, le vénérable abbé Berthier, fit l'acquisition du couvent des Cordeliers et y rétablit le collège ecclésiastique qui existe encore, et dans lequel j'ai eu l'honneur de passer dix années.

Note :

Charles Robert, élève aux Cordeliers de 1866 à 1877, y a suivi toute sa scolarité de la 8ème à la classe de philosophie.

Extraits de la notice nécrologique publiée dans le bulletin de l'Association amicale des Anciens Elèves de l'Ecole libre des Cordeliers, huitième assemblée générale, le 22 juillet 1901, p. 126 à 135.

M. l'abbé Charles Robert naquit le 4 avril 1856, à Plancoët [...]. Il appartenait à une famille honorable qui quitta Plancoët pour aller se fixer à Dol où son père avait acheté une étude de notaire très importante. [...] Obéissant à l'appel divin, il alla frapper à la porte du Grand-Séminaire de Rennes, où il se prépara, dans une vie d'exactitude à la Règle, de prière, de recueillement et de travail, à la réception des Saints Ordres. Pendant les années de préparation, il eut la bonne fortune de rencontrer, dans ce pieux asile, un professeur d'Ecriture Sainte et de langues Orientales qui possédait une vaste science et qui avait une grande autorité parmi les savants. C'était l'abbé Mottais, de l'Oratoire de Rennes. Sous les leçons d'un maître aussi distingué, M. l'abbé Robert fit de rapides progrès et éprouva bientôt un attrait tout spécial pour les questions scripturaires. Il s'y adonna avec une ardeur infatigable et frappa vivement M. Mottais par les aptitudes remarquables qu'il manifestait pour ce genre d'études. [...]

L'un de ses amis, M. le Chanoine Guillotin de Corson énumère ses travaux :
« Hébraïsant, collaborateur de plusieurs revues, principalement de la Revue biblique de Jérusalem, il publia depuis 1884 un nombre considérable d'articles ou de brochures sur les questions intéressant la Bible. [...] Reçu en 1883 membre de la Société Archéologique d'Ille-et-Vilaine et en 1885, membre tout à la fois de l'Association Bretonne et de Société des Bibliophiles Bretons, l'abbé Robert tourna alors ses recherches et ses études vers l'histoire et l'archéologie de sa Province natale. [...] Il avait gardé une affection profonde pour l'Ecole des Cordeliers. Souvent, et avec empressement il y revenait. L'Association des Anciens Elèves n'eut pas de membre plus assidu, ni plus fidèle. [...] M. l'abbé Charles Robert n'avait que 44 ans. [...] M. l'abbé Robert, après une courte maladie, était emporté par une cruelle fièvre typhoïde compliquée d'une double congestion pulmonaire. Il remettait à Dieu son âme ardente à la besogne et à la lutte [...] et finalement sanctifiée par les derniers sacrements de l'Eglise. »

L'abbé Charles Robert fut secrétaire de l'Association des Anciens élèves pour les 4ème, 5ème et 6ème assemblées générales de 1897 à 1900.