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27 mai 1906

•Bénédiction du Drapeau de l’École

Extrait de "Souvenirs de l'année 1905-1906", p. 121 à 132.

Dans ses premiers jeux l’enfant montre qu'il a le culte du drapeau, et plus tard devenu grand, il se fait tuer plutôt que de rendre ce drapeau confié à sa garde.
Pourquoi donc quelques lambeaux d'étoffe, attachés à l'extrémité d'une lance ou d'un bâton, peuvent-ils déterminer les enthousiasmes les plus sincères et les héroïsmes les plus admirables ?
C'est que le drapeau, par ses couleurs et son symbolisme, rappelle les plus hautes idées, les plus chers souvenirs et les plus inviolables promesses.
Il représente la religion, la patrie, l'honneur ; il redit les exemples de ceux qui, autrefois, le tinrent haut et ferme sous les balles et sous la mitraille, ou le délivrèrent du contact de mains sacrilèges, il exprime les serments de fidélité et la promesse de mourir plutôt que de se rendre.

L’École des Cordeliers n'avait pas de drapeau. Pourquoi ?
Pour porter un drapeau, il suffit d'avoir un noble passé qui serve d'exemple et un courage invincible qui assure la fidélité au passé.
Or notre École a vécu cent ans dans ce momastère des Cordeliers fondé par d'Avaugour, après la croisade, où prièrent tant de saints religieux, où tant de chevaliers jurèrent fidélité.
Elle a de qui tenir, et elle tiendra.

Maintenant. nous avons un drapeau, magnifique œuvre d'art brodée par des mains habiles.
Il est sur fond bleu galonné d'or. Sa première face porte le chiffre du Christ et, aux quatre coins, quatre écussons caractérisant les Cordeliers :
France : d'azur à trois fleurs de lys d'or.
2 et I.
Bretagne et de Blois : d'hermines plein.
Duguesclin : d'argent à l’aigle éployée de sable, au vol abaissé, membrée et becquée de gueules, à la cotice de même brochante.
Cordeliers : parti au I : d'argent au chef de gueules, qui est d'Avaugour ; au 2 : d'azur à deux ancres en sautoir chargées d'une épée en pal, la pointe en bas, le tout d'or ; sur le tout une croix patée de même, qui est l'emblème de l'École.
La seconde face porte, sur un champ d'hermines blanches, le chiffre de la Vierge, patronne de l’École.
La hampe se termine par une lance en cuivre doré, XIIIe siècle, avec l'inscription «  École des Cordeliers, Dinan  » en émail à chaud. Elle porte une cavité avec trilobe, destinée à recevoir, comme autrefois, des reliques de saints.
Notre drapeau représente donc l'abrégé de notre histoire et l’affirmation de notre Credo. Comme l’étendard de Jeanne d'Arc, il porte les noms de Jésus et de Marie. Il rappelle aussi la grande patrie, la France ; la petite patrie, la Bretagne ; notre héros dinannais, Duguesclin ; et d'Avaugour : c'est-à-dire les Cordeliers dans le passé, le présent,… et l'avenir.

La bénédiction, de notre drapeau a été faite le dimanche 27 mai, au cours de la grand'messe de 10 heures, chantée par M. l'abbé Le Touzé, aumônier de l'hospice de Dinan, et devant un nombreux concours de fidèles.
Tout s'est passé en grande solennité.
La chapelle était ornée de trophées de drapeaux tricoIores et de drapeaux herminés, hardiment apposés aux colonnettes supérieures, de la nef. Des corbeilles de fleurs et de verdure pyramidaient depuis la mosaïque du chœur jusqu’au trône de Ia Vierge au sommet des premières ogives.
Le Drapeau a été porté en procession et salué par les fanfares et les chœurs. A l’Évangile, M. l’abbé Rondel aumônier à Saint-Servan, a prononcé, avec l’éloquence dont il est coutumier, le discours du Drapeau. Puis M. le Curé-archiprêtre de Saint-Sauveur de Dinan a récité les prières liturgiques de la bénédiction, pendant que le porte-drapeau et ses gardes d'honneur, Jean Poulhazan, Jean Marion et Marie Briand en uniforme et jugulaire au menton, fléchissaient le genou devant l'autel.
Après le salut de 3 heures, les élèves de l'École se sont rendus, musique et drapeau en tête, sur la place du Champ, et ont salué la statue du grand connétable Duguesclin dont l'aigle noir figure sur le drapeau des Cordeliers pendant que la musique sonnait : A l’Étendard.
A ce moment, le drapeau était porté par Charles Richard-Villard, assisté de Jean Marion et de Jean Poulhazan.
Puis a eu lieu, de 5 heures à 6 heures, un concert instrumental, à la Fontaine des Eaux. Là, au fond de ce gracieux vallon, ont été exécutés, avec un art exquis, des morceaux de Frédéric Arscott, Beethoven, Ganne, Berger, etc.
M. Arscott et M. Lemoine ont été vivement félicités.
Enfin, à 8 heures du soir, une séance patriotique réunissait dans la salle des fêtes, une assistance de six cents personnes environ.
Voici le programme de cette intéressante soirée :

PREMIÈRE PARTIE

1. AU DRAPEAU, sonnerie....
Musique instrumentale de l’École, sous la direction de M. ARSCOTT
2. CHANT DU DRAPEAU DES CORDELIERS, paroles de M. LE GUEN, musique de… BEN-TAYOU
Harmonie et Chœur.
3. SOIXANTE, monologue patriotique… P. DELAPORTE.
Henri BERTREUX.
4 AU DRAPEAU, poésie. F. COPPÉE.
Charles CORBEL.
5. POESIE PATRIOTIQUE.. .X…
M. Henri CHARPENTIER.
6. LE MAESTRO, fantaisie sur l'Opéra de F. ARSCOTT.

Allocution par M. l’abbé RONDEL, aumônier de l’Hospice civil et mitlitaire de Saint-Servan.

DEUXIÈME PARTIE

1. DIEU LE VEUT, grand chœur… GOUNOD.
Musique vocale de l’École, sous la direction de M. PAUWELS D'ACOSTA.
2. LE CLAIRON… Deroulède.
M. Henri CHARPENTIER.
3. LA PRIÈRE DES ENFANTS, poésie. X…
Marcel LEFEUVRE.
4. LE PAIN DE CHEZ NOUS, poésie patriotique… COUPIGNY.
Fernand GRAINDORGE.
5. LA MORT DU LABOUREUR, poésie. R. de Navery.
M. Henri CHARPENTIER.
6. APOTHÉOSE : Le Drapeau des Cordeliers : Hier et aujourd'hui…
Fanfare guerrière.

Disons que ce programme, conçu dans la note sérieuse et patriotique, a été exécuté avec un brio splendide ; que les monologues patriotiques ont été vigoureusement applaudis ; que les morceaux de musique instrumentale et chorale ont été enlevés avec une maëstria de circonstance, et que l'allocution de l’orateur, M. l'abbé Rondel, a enthousiasmé l'auditoire.
L'apothéose finale, par l’importance de la conception, le brillant de l’exécution et la richesse des décors, a été pour une grande part dans le succès de cette magnifique soirée.
Déjà, au début de la séance, le drapeau avait été présenté à l’assistance, pendant que les élèves du chœur exécutaient une cantate de circonstance composée par M. l’abbé Le Guen, sur la musique de Ben-Tayou.
Dans ce chant préparant l’apothéose, est indiquée la signification spéciale du Drapeau des Cordeliers.

Debout ! Debout ! Le drapeau de l’École
Dresse en ce jour ses plis mystérieux.
La soie et l'or en leur vivant symbole,
Ont retracé ses gestes glorieux.
France d'abord, puis aussi la Bretagne,
Et d’Avaugour et Bertrand Duguesclin ;
C'est le passé que la gloire accompagne,
Nous y mettrons la gloire de demain !

Puis mention est faite des chiffres du Christ et de la Vierge, apposés sur les deux faces du drapeau :

Souvenez-vous que Jésus et sa Mère,
Deux noms bénis que l'on apprend ici,
En lettres d'or sont là sur la bannière,
Et dans nos cœurs ces deux noms sont aussi !

Enfin des vœux de perpétuelle prospérité pour l’École :

Lorsque devant Jehanne la Bergère,
Le fier Saxon un jour enfin plia ;
C'est que l'enfant portait sur sa bannière
Ces mots du Ciel : Jésus et Maria.
L’ennemi veille et Satan nous assiège,
Autour de nous il s’avance sournois,
Notre étendard est là qui nous protège ; •
Ces noms vainqueurs referont leurs exploits.

C’était vraiment féerique, cette scène d’évocations qui rappelaient la vaillance des temps passés et promettaient de glorieux lendemains. Et un courant d'enthousiasme passait dans l'assistance, lorsque le chœur accompagné par la Musique instrumentale, reprenait le refrain :

Salut, à toi, drapeau notre espérance ;
Nous te levons malgré les jours mauvais.
Fais que toujours, pour le Christ et la France
Nous combattions sans te trahir jamais !

Ainsi préparée par cette scène patriotique, l'apothéose devenait plus compréhensible et plus émouvante.
L'appthéose, c'est le drapeau des Cordeliers levé et béni.
Voici la mise en scène : Cloître gothique.
Au fond de la scène un groupe : Charles de Blois, duc de Bretagne, accosté de deux hommes d'armes portant lances pennées, et de deux hérauts portant buccines.
A droite, Messire Avalgor, fondateur du couvent des Frères Mineurs qui fut les Cordeliers.
A gauche, le connétable Bertrand Du Guesclin.
A l'avant-plan, un jeune de l'École porte l'étendard.
Au lever du rideau, accompagné par une musique d'orgue très douce, une voix, dans la coulisse, se fait entendre

Devant les preux d'hier, d'Avaugour et Guesclin,
Devant Messire Charle un jour duc de Bretagne,
La France de saint Louis, celle de Charlemagne
Celle qui croit encor et rêve au lendemain,•
Veut incliner ici l'Étendard de l'Ecole.
(L'Étendard s'incline.)

Charle, en un jour lointain, prophétique Symbole,
Tu vins pour dire au Christ, au fond de ce couvent,
Au fond du cloître obscur où la rumeur de guerre
S'éteignait devant le bruissement du Rosaire
D'accorder au pays « Paix et soulagement »
Et contraste étrange.– A cette heure d'alarmes
Un enfant devant toi désire que tu l'armes.
(Le porte-étendard s'agenouille.)

C'est un fils d Avalgor, fais-le donc Chevalier !
Car il faut que son bras soutienne haut et ferme
Le nouvel Étendard de ce couvent qui t'aime,
Du cloître solitaire où tu venais prier
Le Drapeau de l’École, il veut son Épopée,
Ah ! daigne le bénir.
(Charles de Blois frappe le porte-drapeau du plat de son épée.)

Baptême de l'Épée !
Baptême fait de sang et puis d'honneur aussi !
Mêle en un même « geste » aux plis de la Bannière
Avec l'amour du Christ, celui de la prière.
Avec cela Dieu sauve ou refait un pays.
(D'Avaugour étend la main et bénit le drapeau)


Au nom du Père, au nom du Fils, du Saint-Esprit.
(Le drapeau se lève. Les chevaliers et les hommes d'armes haussent la lance et l’épée. Les hérauts embouchent leurs buccines.)

Gloire au jeune Étendard et Vive Jésus-Christ !

A ce moment retentissent des fanfares de buccines, tandis que les flammes de bengale embrasent de leurs vives lueurs cette scène grandiose.
•
Félicitons les élèves qui ont paru dans cette apothéose, avec la distribution suivante :
Charles de Blois : Aristide Mériadec.
Duguesclin : Henri Poulhazan.
D’Avaugour : Henri Bertreux.
Hérauts : René Lemoyne et Charles Corbel,
Hommes d'armes : François Rébillard et Paul Colliaux.
Porte-étendard : Alexis Ménard.
Félicitons surtout M. l’abbé Le Guen qui avait préparé les acteurs et a fort bien dit, dans la coulisse, les vers composés par lui.
A onze heures, après une Journée complète, le cloître des Cordeliers était devenu silencieux. La fête était finie ; mais l'impression qu’elle laisse demeurera profonde dans tous les cœurs.

Le drapeau, restauré par les soins de l'Association des Anciens Élèves, a été présenté le 8 octobre 2016 aux Anciens présents à l'Assemblée générale.
Le 27 mai 1906, les élèves réunis autour du drapeau dans la cour du cloître (ci-dessus) et sur la place Duguesclin (ci-dessous).