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LE RACHAT DES CORDELIERS

Extrait du CVC n°40, décembre 1962, consacré à la vie du chanoine Charles Meinser, décédé le 16 octobre 1962.
Le chanoine Guy Page reprend (p. 16 à 20) les principales étapes du conflit qui débute en 1907 avec l'expulsion des Cordeliers jusqu'à l'aboutissement final : le rachat définif des Cordeliers par eux-mêmes.

 


Dans le parloir d'honneur des Cordeliers, qui vit récemment défiler, pendant trois jours, devant la dépouille mortelle de M. le Chanoine Meinser, la foule silencieuse et priante des Anciens de l'Ecole et de ses amis, se dresse contre le mur une statue du Sacré-Cœur. Au-dessous de cette statue une plaque de marbre, portant trois mots et trois dates : Expulsion : 1907 — Retour : 1910 — Rachat • 1933.
En ces trois mots, en ces trois dates se trouve résumé ce que l'on a pu appeler en son temps : l'affaire des Cordeliers.

Les événements de 1907 et 1910 se déroulèrent sous le supériorat de M. le Chanoine Le Fer de la Motte, plus tard évêque de Nantes, dont l'action energique, habile, tenace, sauva, une première fois, l'Ecole. Le rachat, qui se situe en 1933, fut l’œuvre personnelle de M. le Chanoine Meinser. C'est l'histoire de ce rachat que nous voudrions brièvement relater ici.
Notre propos est le suivant : d’abord, faire un résumé succinct de cette question assez complexe ; ensuite, souligner les mérites de celui qui, au prix d'un labeur écrasant, apporta à cet epineux problème la solution la plus favorable que pussent autoriser les circonstances.

• • • I) L'immeuble des Cordeliers avait été légué par l'abbé Berthier, fondateur et premier propriétaire, en 1832, aux évêques successifs de Saint-Brieuc, sous la condition expresse qu'il servît de séminaire ou d'école ecclésiastique.
Faute de quoi, la maison devrait être mise en vente par les curés de Dinan, exécuteurs testamentaires, et le profit de la vente devrait être placé au profit des pauvres.

II) En 1906, en application de la loi de Séparation, l’immeuble fut mis sous séquestre comme bien d’Eglise. Le 4 novembre 1907, l’Ecole fut expulsée. J'avais alors onze ans, mais j'ai toujours gardé, gravé en lettres noires dans ma mémoire et dans mon cœur, le souvenir de cette journée qui fut pour tous les professeurs, élèves et amis des Cordeliers, pour l'immense majorité de la population dinannaise, une journée de honte, de tristesse et de deuil.

III) Cependant, après l'expulsion, et s'appuyant sur le testament du fondateur, M. le Chanoine Le Fer de la Motte, supérieur, introduisit une action judiciaire au Tribunal de Dinan d'abord, puis en Cour d'Appel à Rennes.
Le 15 juin et le 28 décembre 1909, la Cour d'Appel de Rennes ordonna, la vente de l'immeuble des Cordeliers.
Le 21 juillet 1909, M. le Maire de Dinan donna assiqnation aux héritiers et exécuteurs testamentaires à comparaître devant le Tribunal de Dinan pour voir prononcer la délivrance du legs dont le Bureau de Bienfaisance de la ville de Dinan était l'un des bénéficiaires, aux termes du testament de l'abbé Berthier, en cas de vente de l'immeuble.

IV) L'immeuble des Cordeliers, mis en adjudication, le 13 avril 1910, en l'étude de Maître Salmon, notaire, fut acheté, après plusieurs enchères et au grand dam des représentants de la ville de Dinan, par la Société Anonyme des Cordeliers, constituée entre temps, pour la somme de 60 000 francs.
En juin 1910, l'Ecole put donc reprendre possession de l'immeuble.

V) Cependant, le 7 novembre 1911, la Cour de Cassation devait casser l'arrêt de Rennes, et la Cour de renvoi (Angers), le 16 juillet 1913, donna gain de cause à l'Administration séquestre. Tout se trouvait remis en question.

VI) Une tentative d'arrangement avec cette Administration fut entreprise aussitôt. Elle échoua par la mauvaise volonté du maire de Dinan, M. Jouannin, qui laissa l'affaire dormir pendant six mois dans ses cartons...
D'autres tentatives suivirent qui n'eurent pas plus de résultat.
Enfin, en 1929-1930, car on ne pouvait continuer à danser ainsi sur la corde raide, l'affaire fut reprise par M. le sénateur Jenouvrier, vice-président du Sénat. C'est ici précisément que M. le Chanoine Meinser entra véritablement en scène et put donner toute sa mesure.

VII) En ce temps là — où Les Dinannais ne s'aimaient plus — régnait à la mairie de Dinan une municipalité, d'allure dictatoriale, dont les sentiments à l'égard de l'Eglise et donc des Cordeliers, qui en étaient la sombre émanatlon, se révélaient d'une chaleur tout à fait discrète. S'il avait fallu l'évaluer au thermomètre Fahrenheit, la température de ces sentiments se fût même vraisemblablement située vers les 50 à 60 degrés au-dessous de zéro, voire plus bas.

Le chef de cette municipalité, en particulier, qui ne manquait pas d'ailleurs de qualités, se trouvait malheureusement atteint d'une maladie chronique que la moindre occasion faisait tourner à l’état aigu : la prêtrophobie. Dès que passait en effet dans son champ visuel un homme vêtu d'une robe noire, il jaunissait immédiatement de dépit, voyait rouge et se laissait aller à tous les excès d'une colère bleue… Cette affection singulière, variété de daltonisme, et qui tend fort heureusement à disparaître, fait encore cependant — notre Ecole a pu s'en rendre compte dans un passé assez récent — quelques victimes parmi nos concitoyens. Elle est d'autant plus regrettable encore que les manifestations en soient plus plaisantes que dangereuses que ceux qui en sont atteints se montrent résolument réfractaires à tout remède jusqu'ici connu.
Quand ils entrent en transes, comme les fameuses sorcières de Harlem, il n'est donc qu'une ressource : leur avancer poliment une chaise et leur dire avec un sourire amusé « Ne trépignez pas comme ça, mon cher monsieur, vous allez vous faire mal… Asseyez-vous plutôt, je vous en prie, asseyez-vous… Du calme ! ne vous faites pas de bile, etc., je vous assure que ça va se passer !… »

Quoi qu'il en soif, on comprendra facilement, après ces précisions, que le maire de Dinan, ayant eu vent des tractations en cours et trouvant là une occasion de porter le coup de mort à l'Ecole, fit incontinent feu des quatre pieds, avec moult étincelles, et entra bruyamment dans la bagarre. Arguant du fait que les immeubles sous séquestre pouvaient être attribués aux communes, il fit voter par la majorité de son Conseil municipal, malgré les énergiques protestations de nos amis, membres de l'assemblée, une demande de dévolution à la ville des immeubles susdits. Il jurait en même temps par tous les dieux de l'Olympe (les saints du paradis chrétien ne figurant pas sur son rôle !) que ses intentions étaient droites, que le ciel n'était pas plus pur que le fond de son cœur, qu'il n'avait en vue que les intérêts de la ville, laquelle avait un besoin urgent (sic) de l'immeuble pour y installer des Services d'Assistance et d'Enseignement, qu'il ne désirait pas du tout, mais pas du tout, voir les Cordeliers quitter Dinan et que les bâtiments des Salésiens (pour lors, à vrai dire, en parfait état de délabrement) lui semblaient précisément tout à fait aptes à les recevoir… C’était délicat, presque touchant, et il était difficile de désirer mieux en fait de complaisance, d’urbanité et d'amicale prévoyance. Comment se peut-il concevoir que, dans ces conditions, il se trouva pourtant des langues vipérines et des gens assez mal intentionnés — et ils étaient, hélas ! fort nombreux — pour oser prétendre — oh ! les vilains ! — que le maire pratiquait, en l'occurence, la politique du coucou, sacrifiait à l’odieux « Ote-toi de Ià que je m'y mette » et faisait même preuve — ô scandale ! — d'un sectarisme quelque peu désuet. Faut-il donc tout de même, Seigneur, que le monde soit méchant et perverse la nature humaine, pour qu'on ne craignît pas de dénaturer à ce point les sentiments les plus nobles et de vilipender un homme qui ne faisait, quoi qu'il lui en coutât, qu'accomplir son devoir.
Il n'empêche tout de même que la menace était précise et urgent le péril — c’était pour les Cordeliers une question de vie ou de mort.

Quelles furent, dans ces conjonctures, les premières réactions de M. le chanoine Meinser ?…
Il ne me les a pas confiées, mais j'imagine, le connaissant, qu'il tomba incontinent à genoux sur son prie-Dieu et sollicita avec ferveur l'appui de la Providence, de cette Providence envers laquelle il professa toujours la plus grande confiance, confiance montée sur tige d’acier, confiance inoxydable et que rien par conséquent ne pouvait altérer. En suite de quoi, et ses précautions prises du côté du Ciel, il dut conclure par ces mots qui lui étaient familiers et qui révélaient si bien sa volonté énergique et son inaltérable optimisme : « Faisons face… ça~ s’arrangera ».
Il fit donc face… vaillamment, et ça s'arrangea en effet, mais il y fallut trois ans, trois longues années pendant lesquelles il s'imposa un surmenage auquel peu d'hommes auraient pu résister. Nous en dirons un mot tout à l’heure.
Pour l'instant, par souci de logique et de clarté, j'en viens directement à la suite et à l'épilogue de l'affaire.
Le maire de Dinan, après de nombreuses démarches tendant à faire attribuer à la ville l'immeuble des Cordeliers, ce qui demeurait son dessein essentiel, mais contré par des démarches au moins aussi nombreuses entreprises par M. le chanoine Meinser pour faire échec à son plan, se vit finalement dans l'obligation, sur l'invitation expresse des plus hautes instances et à son grand déplaisir, de s’arranger à l'amiable (ô déroutants euphémismes de la langue française !) avec la Société Anonyme des Cordeliers.
De longs et difficiles pourparlers commencèrent donc qui finirent par aboutir aux conclusions que voici :

I. La Société Anonyme des Cordeliers cédait à la ville, la villa « Pax », rue Broussais et la douve Gagon, pour lesquelles des promesses de cession lui avaient été consenties et dont la valeur avait été fixée à 265 000 francs.

II. Les immeubles des Cordeliers, revendiqués par la Ville, ayant été évalués à 525 000 francs, il restait donc une soulte de 260 000 francs que la Société Anonyme s'engageait à acquitter avant le 31 décembre 1933.

III. A cette somme il y avait lieu d'ajouter celle de 340 000 francs, fixée à forfait comme représentant les loyers arriérés dus par la Société au séquestre depuis l'arrêt de la Cour de Cassation de 1913… soit 600 000 francs en espèces qui furent partiellement couverts par le produit d'une souscription ouverte, à la diligence de M. le chanoine Meinser, parmi les Anciens Elèves de l'Ecole.

IV. En contre-partie, la Ville garantissait la Société Anonyme des Cordeliers contre toutes contestations ou réclamations ultérieures et renonçait à son projet d'ouvrir une rue qui devait relier la rue de la Garaye et la rue de l’Ecole et dont le tracé, déjà établi, coupait proprement notre établissement en deux.

Telles furent les Clauses du contrat qui mit fin à une situation pleine de périls pour nos vieux Cordeliers.

Certes il est dur de devoir racheter une maison qui vous appartient, maison dont l'âme est faite de toutes les âmes qui s'y succédèrent et qui peut se prévaloir hautement des services rendus au pays, services qui allèrent, lorsqu'il le fallut, jusqu'au sacrifice du sang et de la vie, comme en témoigne la grande plaque de marbre apposée sur les murs de notre parloir et qui porte gravés les noms de nos 182 anciens qui tombèrent jadis au champ d'honneur pour que la France vive. Il n'en reste pas moins que, par l'accord réalisé, notre Ecole échappait à la ruine totale que d'aucuns ourdissaient contre elle et que, son avenir se trouvant désormais assuré, elle pouvait désormais pousser au large et voguer, toutes voiles dehors, vers des lendemains plus beaux et des renouveaux sans déclin.

De quel labeur, de quels soucis, de quelles angoisses notre Supérieur paya la survie de l'Ecole, c'est ce que je voudrais maintenant relater briévement.
J'ai là, près de moi, le dossier complet de toute l'affaire, dossier constitué par lui, jour après jour, et constamment mis au point avec cette précision, cette rigueur, cette minutie qu'il apportait en toutes choses… C'est effarant et c'est passionnant. Quand on me l'apporta, je déclarai qu'il m'était matériellement impossible d'en prendre une connaissance exacte. Lorsque je l'eus ouvert, je ne le lâchai plus.
Je ne saurais évidemment entrer ici dans le détail… Qu'il me suffise de citer quelques faits et quelques chiffres.

Ce dossier comporte de 350 à 400 lettres dont plusieurs sont fort longues, toutes écrites de la main de M. le chanoine Meinser. Ce ne sont là que des brouillons qu'il lui a donc fallu retranscrire. Ces lettres sont adressées aux correspondants les plus divers  : M. le sénateur Jenouvrier, M. le chanoine Desgranqes, député du Morbihan ; M. de Kérouartz, député des Côtes-du-Nord ; Son Excellence le Nonce Apostolique, Son Excellence Monseigneur l'Evêque de Saint-Brieuc, Son Excellence Monseigneur l'Evêque de Nantes ; le Provincial des Salésiens ; Jean Guiraud, rédacteur en chef du journal « La Croix » ; M. le Préfet des Côtes-du-Nord ; plusieurs juristes et magistrats, le maire de Dinan, etc., etc...

Ajoutez à cela une cinquantaine de notices souvent fort détaillées, dactylographiées, revues et corrigées — maintes coupures de journaux, soigneusement et abondamment annotées — la longue et précise transcription de consultations d'experts.

Ajoutez-y ensuite de nombreux voyages à Saint-Brieuc, à Rennes, à Paris dont les résultats sont consignés noir sur blanc dans les plus infimes détails.

Ajoutez-y encore les démarches capitales auprès de M. Chautemps, ministre de l'Intérieur, et auprès de M. le Maire de Dinan et de son premier adjoint avec lesquels il discute pied à pied des conditions du rachat afin de les ramener à des limites raisonnables. (M. le Supérieur, écrivons-le, car il faut être vrai, reconnaissait volontiers par la suite, que ces discussions, encore qu'elles eussent été souvent très serrées, demeuraient toujours courtoises.)

Ajoutez-y enfin les innombrables veilles que s’imposa l'infatigable supérieur et qui, après un court repos, le laissaient, au petit matin, le teint gris, les yeux recrus de sommeil et les membres las.

…Et peut-être alors arriverez-vous à cette conclusion que ce travailleur étonnant devait être doué de l'étrange privilège d'ajouter sans cesse de nouvelles mailles à la trame de ses jours et de ses nuits et de presser l'éponge du temps d'une main si énergique qu'il arrivait à en tirer encore des milliers de gouttes, lorsqu'elle était à sec.
Supposition qui sollicite d'autant plus fortement l'imagination que, durant toute cette affaire du rachat, M. le chanoine Meinser — nous sommes encore plusieurs ici qui, pour l'avoir constaté, en pourrions témoigner — ne retrancha rien des innombrables devoirs que lui imposait sa charge ou qu'il s'imposait lui-même, non ! rien, absolument rien, pas un iota, pas une virgule, et, ce qui est plus prodigieux encore, et plus héroïque, pas un sourire.
Car, selon son habitude, ce nouveau fardeau qui, pendant trois ans, devait lui meurtrir l'épaule, il entendit le porter seul, sans en faire confidence à quiconque, sinon à M. le chanoine Toublanc, l'économe d'alors, qui, lui, malgré ses efforts, n'arrivait que difficilement à masquer son inquiétude.
Pour nous, témoins muets de cette lutte aux péripéties ignorées, qui se déroulait dans l'ombre, mais que nous devinions âpre et dont nous savions qu'elle serait décisive, nous admirions sa sérénité, la maîtrise de soi, du meneur de jeu et, persuadés qu'il fallait en chercher la raison dans des régions qui se situaient au-dessus de l'humain, nous la placions sans peine dans les mouvements de sa vie religieuse quotidienne qui, d'un rythme régulier, assuraient à son âme un souffle puissant puisé aux profondeurs et la faisaient apte à tous les renoncements comme à tous les sacrifices.
Oui ! nous aussi, après Bossuet, voilà ce qu'il nous fut donné d'admirer le spectacle d'une âme, forte et belle, « parfaitement maîtresse d'elle-même et du corps qu'elle anime  ». Et voilà pourquoi, pour ma part, je souscris sans réticences à ce temoignaqe que j’ai pu cueillir, le jour des obsèques de M. le chanoine Meinser, sur les lèvres de l'une des plus hautes personnalités de la région et même du pays : « C'était un être exceptionnel… un homme hors série », témoignage qui venait en rejoindre un autre, de source très différente, que portait devant moi, la veille, au hasard d'une rencontre, un vieil artisan dinannais et dont je craindrais d'altérer la vérité si je ne la transcrivais ici dans sa fraîche et forte verdeur... « Votre patron ! je le connaissais depuis longtemps... Eh bien l je vas vous dire, c’était un s…é bonhomme I Des monsieurs comme lui, on n'en fait plus. Il y a longtemps que le moule est cassé. »

Fort de ces témoignages et d'innombrables autres, ayant d'autre part connu moi-même l'heureuse fortune de militer ici, pendant près de quarante ans, sous la direction de ce supérieur remarquable, ayant pu apprécier de tout près, jour après jour, ses qualités éminentes : son souci de l’achevé, du soigné, du parfait ; son amour du détail qui complétait si merveilleusement chez lui son amour des ensembles ; sa soumission à tous les impératifs de l’action, à ses lois, à ses prudences, comme à ses audaces nécessaires ; sa répulsion pour l'improvisation, le flottant ou le laisser-aller ; l'application qu'il apportait à parfaire son œuvre lentement, sûrement, amoureusement, comme on trempe petit à petit une belle épée qui doit défier les siècles ; ayant vu de surcroît resplendir en lui, comme un flambeau, l'idéal parfait du sacerdoce et avec un tel éclat que son corps et son âme nous apparaissaient comme deux mains jointes qui étreignaient le Christ afin de mieux s'y attacher pour ensuite le donner aux autres… Je me crois autorisé à reprendre, en conclusion de cet article, pour les déposer pieusement comme un déférent et filial et fervent hommage sur sa tombe fraîchement fermée, les mots que je prononçais lors de notre réunion d'Anciens, et à proclamer une fois encore, d'un cœur ému et d'une âme sincère, « que Monsieur l'abbé Charles Meinser, chanoine honoraire, chevalier de la Légion d'Honneur, éducateur insigne et homme de Dieu, a bien mérité de cette Ecole qu'il a sauvée d'une mort injuste, qu'il a conduite sans désemparer, pendant quarante-sept ans, dans la voie du rajeunissement, de l'expansion, du progrès matériel, intellectuel, moral et spirituel jusqu’à lui assurer un rayonnement tel que son audience déborde aujourd'hui largement le cadre de notre région… qu'il s'est acquis par là des droits imprescriptibles à notre affectueuse estime, à notre reconnaissance profonde, à notre respectueuse admiration, à nos prières… que son souvenir enfin demeure si fortement attaché à cet établissement que les générations futures elles-mêmes diront ses mérites et garderont sa mémoire, car si — ce qu’à Dieu ne plaise — l’oubli venait un jour à tomber sur lui… alors ! c'est l'âme même de notre maison, ce sont toutes ses classes, toutes ses salles d’études, toutes ses cours, et son Capitole et sa chapelle et son cloître, ce sont toutes ses vieilles pierres chargées d'histoire et les autres marquées de son sceau qui, pour le venger de l'ingratitude des hommes, d'une même voix, crieraient son nom. »