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Une page d'histoire dinannaise :

Les origines de I'Ecole des Cordeliers

AVERTISSEMENT


Ces pages sur «les origines de l'Ecole des Cordeliers» ne constituent pas un travail original. C'est plutôt une sorte de compilation établie à partir de trois sources principales :
• Histoire de l'Ecole des Cordeliers, publiée dans le Bulletin des Anciens Elèves, 7e année, 1900;
• Abbé Elie Gautier, L'Ecole des Cordeliers (inédit) ;
• M.-E. Monier, Dinan, vitle d'art.
Tel qu'il est, nous espérons que ce travail intéressera nos lecteurs c'est en tout cas dans ce but que nous l'avons entrepris.

I. L’ECOLE, AVANT LES CORDELIERS.


En 1763, dans un rapport déposé aux archives de St-Malo, l'administration du Collège de Dinan déclarait que celui-ci existait dès le temps des ducs de Bretagne et avant l'union de la province à la couronne qui eut lieu, comme on sait, en 1532. Quoi qu'il en soit de la date de sa fondation, il est certain que le Collège de Dinan était déjà très ancien à l'époque de la Révolution. Situé primitivement au sud-est de la Porte Saint-Malo, il avait donné son nom à la rue de l'Ecole. II y occupa successivement au moins deux maisons. En 1534, en effet, les comptes des syndics enregistrent des réparations faites à la maison qui sert de collège. Mais 200 ans plus tard, en 1734, cette maison menaçant ruines, la ville loue dans la même rue une autre maison qui appartenait aux Pères Cordeliers. « Les bons moines ne se doutaient pas, écrit M. l'abbé Gautier, que 70 ans plus tard, c’est tout le monastère qui, eux partis, dispersés par la Révolution, deviendrait le refuge de cette école, leur voisine d’alors et leur locataire, et qu'après avoir donné son nom à une rue de la ville, l'école à son tour prendrait leur nom : elle s'appellerait l'Ecole des Cordeliers. » Dans cette maison louée aux Pères Cordeliers, l'école demeura 38 ans. Puis elle fut transférée au nord de la place du Champ, dans la maison natale de Charles Duclos-Pinot, un Dinannais célèbre, historiographe de France et académicien, qui venait de mourir quelques mois plus tôt.
Nous citons l'abbé Gautier : « Il fallait tout le sérieux des élèves d'alors pour concevoir un travail efficace dans le réduit où devaient s'entasser les élèves. Il consistait, en effet, dans deux appartements au rez-de-chaussée, avec deux chambres à côté et un jardin... L'Ecole, il est vrai, ne comportait que les classes et le logement du principal. Les élèves et les "régents", c’est-à-dire les professeurs, logeaient en ville. Néanmoins un tel local paraît bien insuffisant pour une institution qui, en 1763, comptait déjà 245 élèves.
L'école n'avait pas seulement l'importance du nombre, mais elle se recommandait encore par l'ampleur des études : il y avait à la date indiquée 138 élèves en humanités, 63 en philosophie, 44 en théologie. C'était, on le voit, plus qu'un collège secondaire, c'était en même temps un grand séminaire.
»

A cause même du nombre des élèves, la situation de l'établissement était des plus critiques : on manquait par trop de place. Déjà le rapport de 1763 dont il a été parlé plus haut — l’école était alors locataire des Pères Cordeliers — suggère que l'on s'établisse dans un autre bâtiment, la maison conventuelle des religieuses bénédictines  : « celles-ci sont actuellement en petit nombre, toutes caduques et infirmes ». La solution ainsi suggérée s'imposera finalement, mais bien des années plus tard.
En attendant, « la municipalité de Dinan — nous revenons à l'abbé Gautier — …se tourna, pour sauver le vieux collège, vers l'évêque de Saint-Malo et vers «  Messieurs les maires_et échevins de Saint-Malo  » pour leur demander de les aider «  pour un objet d’utilité qui leur deviendrait commum  ». Les Malouins, en effet, pour la plupart riches négociants, envoyaient depuis longtemps leurs enfants au collège de Dinan, « profitant des bateaux de transport d'une ville à l'autre»- Ils avaient pourtant chez eux une antique «Préceptorerie» fondée en 1162... mais cette institution ne devait se développer qu'assez tard, puisqu’en 1776, Mgr des Laurents déclare « qu'il n’y a dans le diocèse de Saint-Malo d’autre collège que celui de la ville de Dinan.  »


Mgr des Laurents, l'évêque de St-Malo, décida d'accéder à la demande des Dinannais et de sauver leur Collège. Voici comment il y parvint finalement.
« Depuis 1628, existait à Dinan un couvent de religieuses bénédictines sous le vocable de Notre-Dame de la Victoire, en souvenir de la grande victoire de la chrétienté sur l'Islam à Lépante, attribuée à la protection de Notre-Dame du Rosaire. En 1646, elles avaient été victimes d’un grave incendie qui fit beaucoup de blessés. On avait pu sauver une partie des bâtiments, comme la «chapelle, le chœur des religieuses et le cloître. Cependant le monastère ne se releva pas de cette épreuve. Et nous voyons, par deux fois, en 1770 et en 1772, les religieuses demander à Mgr des Laurents de bien vouloir les envoyer dans divers autres couvents. Elles n'étaient d'ailleurs plus que douze eu 1771… Elles se disaient dans une extrême misère, endettées, ne vivant plus que des aumônes de l'évêque et de personnes charitables. Monseigneur accéda à leur demande. Il prenait sur lui toutes leurs charges et pourvoirait à leur entretien dans divers monastères. En revanche, il devenait propriétaire de leurs meubles et immeubles..
…Avec l'autorisation du roi, accordée en juin 1776, Mgr des Laurents établit le collège dans les bâtiments de Notre-Dame de la Victoire... (Abbé Gautier).
Mais il fallait assurer la vie de la nouvelle maison, aménager agrandir. Sans doute la ville y contribua-t-elle pour sa part, mais la plus grande partie des dépenses fut payée par Mgr des Laurents, si bien que la « communauté de ville » supplia « Sa Grandeur d'honorer cet établissement de son nom ». Il s'appela.donc Collège des Laurents et l'on pouvait lire au frontispice :
Col!egium episcopale Laurerttianum Dinannense. »

• « Les régents » de ce collège — c’est M. Monier que nous citons — pages 34 et suiv. passim — « furent des hommes de talent, fort cultivés. Il y eut l’abbé Puel de Saint Simon, le principal ; un abbé Derouillac, professeur de philosophie et de théologie... ; Julien-Jacques Bertier qui devait reconstituer le collège aux Cordeliers après la Révolution. Autour de ces personnalités se groupèrent d'autres régents, tous ecclésiastiques, bien entendu. Un abbé Duhamel fut professeur de Chateaubriand qui, comme la plaque apposée sur le portail nous l'indique, était élève au Collège de Dinan, en même temps que Broussais. Chateaubriand dut entrer au collège de Dinan en octobre 1783 et ne paraît pas y avoir terminé l'année scolaire…
La vie du collège des Laurents ne devait pas être très longue. La Révolution lui porta un coup fatal en voulant contraindre les professeurs à prêter le serment à la constitution civile du clergé. L'établissement fut fermé le 18 juillet 1791...  
»


II. HUMBLES DEBUTS


« En 1802, la France respirait enfin… (C'est le chroniqueur de 1900 que nous citons : on l'aurait reconnu à son style, qui est bien celui de l'époque). Trois élèves de l’ancien collège, qui travaillaient à Dinan à compléter leurs études ecclésiastiques se virent entourés d'un certain nombre d'enfants, dont les familles comprenaient d’autant mieux l'importance d'une éducation chrétienne, que leur conviction s’était fortlfiée à l'école d'évènements terribles et tout récents. Les trois jeunes clercs répondirent, avec ardeur à l'appel fait à leur dévouement, et obtinrent une petite place dans l'antique demeure des fils de St François. Ils demandèrent l'autorisation nécessaire à Mgr. Caffarelli, qui les approuva par cette lettre du 13 décembre 1802, adressées à MM. Caron, Le Tulle, de Rouillac et Burel, du Clergé de Saint-Sauveur :

« Je donne avec plaisir, Messieurs, mon acquiescement au projet formé par MM. Loisel, Ménard et Boschel, de se consacrer à l'éducation de la Jeunesse. Cette portion précieuse, objet des plus chères espérances de l’Eglise et de l'Etat, demande des mains habiles pour la former aux vertus religieuses et sociales. Je suis persuadé que ces Messieurs sentent l'importance de la fonction dont ils vont se charger et qu'ils travailleront bien plus à former le cœur qu'à orner l'esprit des jeunes gens qui leur seront confiés. Puisse le Ciel bénir leurs efforts ! Mais je vous prie, Messieurs. de ranimer le courage, que ne doit pas ébranler l'incertitude où les laisse le silence du gouvernement ; quoi que j'aie fait, je n'ai pu le forcer à le rompre. Espérons toujours que ces délais auront un terme. Dieu le permet, sans doute pour éprouver leur vocation, leur laisser plus de temps pour se former à la pratique des vertus que demande l'état saint qu'ils veulent embrasser, et acquérir les connaissances qu'il demande. Labia sacerdotis custodient scientiam.
« Recevez, Messieurs, l'assurance de la parfaite estime de votre affectionné
« + Jean Caffarelli, évêque de St-Brieuc»

Le public aussi se montra favorable. Tous les gens désireux de voir les premiers intérêts de l'homme reprendre leur rang dans les préoccupations sociales, applaudirent à l'entreprise. Les succès répondirent à la bonne volonté des maîtres et à l'espoir des familles : les classes ouvertes, le 3 janvier 1803, avec dix-sept élèves, en comptaient une centaine au mois d'août, et, dans l'année scolaire qui suivit, ce nombre fut à peu près doublé. Tous les cours ordinaires des anciennes études étaient repris, depuis les premiers éléments de la grammaire jusqu'à la philosophie.
Toutefois l'organisation restait imparfaite ; le besoin d'un chef se faisait sentir, pour donner et continuer une impulsion vigoureuse au mouvement commencé.
•…Au mois d'août 1804, Mgr Caffarelli nomma M. l'abbé Bertier, «Directeur de l’Ecole des Cordeliers »; et l’on devine avec quel bonheur il fut accueilli par ses anciens élèves du Collège des Laurents, initiateurs de l’œuvre dont il prenait la direction.
 »

III. L'ABBE BERTIER


Julien-Jacques Bertier ou Berthier naquit le 21 février 1756, au village de Chevaille, en Saint-Séglin, paroisse du diocèse de St-Malo. Le nom de Bertier apparaît dans l’Histoire dès l'an 1047, et nous le voyons honorablement porté dans le clergé, la noblesse, la magistrature et l'armée. Qu'il ait ou non appartenu à quelque illustre lignée, le premier Directeur de cette Ecole se recommande assez par d'autres titres non moins glorieux, à la vénération et à la reconnaissance de notre pays. De bonne heure, il se sentit attiré vers l'état ecclésiastique. Avant d'avoir reçu les ordres sacrés, en 1779, ses talents et sa conduite le firent remarquer de Mgr des Laurents, qui lui confia la classe de Troisième à l'Ecole Ecclésiastique récemment fondée par Sa Grandeur dans la maison de la Victoire. Ce fut en ce début, où il vit passer Chateaubriand et Broussais que M. Bertier puisa ce zèle pour l'instruction, surtout pour l'instruction religieuse, qui depuis a été l’œuvre principale de sa vie.
Lorsque la Révolution vint frapper les établissements religieux et disperser les prêtres, M. Bertier était régent de Rhétorique. Réfugié pendant quelque temps dans une campagne des environs de Dinan, bientôt découvert et saisi, il fut condamné par le tribunal révolutionnaire à expier sur un ponton de Rochefort le crime de sa profession.»

L'abbé Gautier, dans son travail inédit sur l'Ecole des Cordeliers, ajoute que l'abbé Bertier « s'était caché dans la région et y avait exercé le saint ministère. Il fut arrêté au Vaugrée, en Evran, chez M. de Lavie.
Ecroué à la maison d'arrêt de St-Brieuc, interrogé le 26 mars 1793, il fut condamné le 9 avril suivant à la déportation en Guyane...
 »


A l'automne de la même année, l'abbé Bertier et les autres prêtres qui partageaient son sort « furent transférés dans l'ancien couvent des Carmélites de Guingamp. Ils y étaient depuis plus de cinq mois, souffrant de toutes sortes de privations, quand parut un arrêté du Directoire du Département des Côtes-du-Nord, en date du 8 mars 1794, ordonnant de déporter à Rochefort vingt-neuf ecclésiastiques détenus à Guingamp, reconnus valides et sans infirmités. Le dimanche 9 mars, vers deux heures de l'après-midi, deux commissaires entrèrent dans la prison et lurent la liste des condamnés. M. Bertier ...était de ce nombre... »

Ce que fut la vie de ces malheureux prêtres dans le véritable enfer des pontons de Rochefort, nous le savons par la relation de l'un d'entre eux, que l'abbé Gautier cite tout au long. Deux ou trois, hors d'état de marcher, ne purent prendre la route. « Mais sur les 26 ou 27 qui partirent, dix seulement devaient revenir, un an plus tard, lors de la libération, le 12 avril 1795... »

M. Bertier revint à Dinan, — nous revenons au chroniqueur de 1900 — et, en 1801, il put commencer à exercer les fonctions de son ministère, comme vicaire de la paroisse Saint-Sauveur. Trois ans plus tard, Mgr Caffarelli le fit rentrer dans la voie qu’iI avait suivie d'abord, en le nommant supérieur de l'Ecole des Cordeliers.

Le CVC n°31 d'août 1960 commence une compilation de documents retraçant l'histoire des Cordeliers. La suite sera publiée dans le n°32 de décembre 1960, se poursuivra dans le n°33 de mars 1961 puis dans le n°35 d'août 1961.

Le dernier numéro de C. V. C. a rappelé que l'école existait à Dinan bien avant la Révolution. Sauvée de la ruine et intallée dans l'ancien couvent des Bénédictines par Mgr des Laurents, évêque de St-Malo, elle dut cependant fermer ses portes à la Révolution, le 18 juillet 1791. (Notons au passage qu'une autre école s'est installée dans ces mêmes locaux, le Collège municipal de Dinan),. En 1802, le calme revenu, trois jeunes ecclésiastiques du clergé de St-Sauveur rassemblent autour d'eux, dans l'ancien couvent des Cordeliers, un certain nombre d'enfants pour qui leurs familles désirent une éducation chrétienne. La nouvelle école connait un essor rapide : dès 1803, elle compte près de deux cents élèves. Il lui faut donc un directeur expérimenté : au mois d'août 1804, M. l'abbé Bertier, rescapé des pontons de Rochefort et vicaire depuis trois ans à la paroisse Saint-Sauveur, est placé par Mgr Caffarelli, évêque de St-Brieuc, à la tête de l'école des Cordeliers.
Notre premier titre était : L'Ecole avant Les Cordeliers. Il convient que nous parlions maintenant des Cordeliers avant l'école.


IV. LES CORDELIERS AVANT L'ECOLE.


Est-il nécessaire de rappeler tout d'abord l'origine du couvent des Cordeliers de Dinan ? Peut-être, au moins en quelques mots, pour nos jeunes.
Le fondateur est Henri d'Avaugour. Il avait accompagné Saint Louis à la Croisade, en 1241, dit une Vieille romance présentée ici même, en mars 1958, par notre ami Jean-Yves Ribault, actuellement archiviste paléographe du département du Cher, plus probablement en 1248, date du départ de la première croisade de Saint Louis. Il aurait fait le vœœu au milieu des combats, de fonder, en son château de Dinan, un couvent de moines Cordeliers, vœœu qu'il accomplit à son retour, peut-être en 1251.
Devenu frère Henri d'Avaugour, le fondateur modifie ses armes. Jusque-là, elles étaient « d'argent au chef de gueules », avec cette mystérieuse devise : sub meo scuto est meum secretum, sous mon bouclier est mon secret. Son sceau, devenant alors ovale, le représente agenouillé devant Saint Bonaventure — il serait allé lui rendre visite, passant par l'Italie, à son retour de la croisade —, et le saint lui remet un livre. En exergue, cette légende : Sig. Fratris Henrici d'Avaugor, sceau de Frère Henri d'Avaugour. L'illustre docteur aurait aussi donné au seigneur breton une image de Notre Dame, dénommée Notre-Dame des Vertus (*). C'est sous ce vocable en tout cas qu'Henri fonda son couvent. Il y mourut le 6 octobre 1281 et fut inhumé dans le chœœur de l’église, du côté de l'Evangile.

Quelle fut, au cours de ses six siècles d'existence, l’importance du couvent des Cordeliers ? Si l'on en juge par ses vastes proportions, par son portail du XVe, d'une architecture puissante et élégante à la fois, par son cloître, du XVe également, aux harmonieuses arcades, par les dimensions de la salle capitulaire, devenue le grand réfectoire de l'Ecole, c'était un monastère important.
Cette impression se trouve confirmée par divers témoignages. En 1587 par exemple, le général de l'ordre François de Gonzague, adressant un rapport au Pape Sixte-Quint sur la religion franciscaine, écrivait : Dinannum urbs pulcherrima in episcopatu M. Maclovii conventum habet divi Francisci elegantissimum, Dinan, ville magnifique de l'évêché de St-Malo, possède un très beau couvent de Saint-François. Il termine son rapport sur ces mots : Sunt ibi commorantes 35 fratres, Deo Optimo Max. inservientes, 35 frères y mènent la vie commune, appliqués au service de Dieu.
Dubuisson-Aubenay dans son Itinéraire de Bretagne, de 1636, note à son tour : Le plus beau couvent qui soit à Dinan et en toute la Bretagne est celuy des Cordeliers. (Cité par M.-E. Monier, «Dinan, ville d'art», p. 288). Renchérissant encore si possible, un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, datant de 1635, déclare à propos de Dinan : «Il y a un couvent de Frères Mineurs de St-François, l'un des plus beaux de France».
(Cité par Abbé Gautier, «L'Ecole des Cordeliers», p. 129).
On comprend dès lors que les grands de ce monde aient aimé fréquenter le monastère des Cordeliers. Les familles seigneuriales de la région dinannaise venaient prier dans l’église, «et c'est là aussi qu'on voulait dormir son dernier sommeil afin qu'il fût bercé par le murmure des prières monacales. A côté de l’ancien baron devenu l'humble frère Henri d Avaugour, avaient voulu reposer les Chateaubriand, les Beaumanoir, les Coëtquen, les Ferron, les Botherel, les Vaucouleurs. Peu de temps avant sa mort, Charles de Blois lui-même était venu prier dans l'antique église et se recueillir devant ses nobles enfeux. Sur un des murs il avait même fait composer un tableau, où il était peint à genoux devant un arbre de vie représentant l'histoire de saint François et de son ordre.
Or quatre ans après qu'il fut tombé à la bataille d'Auray, son ennemi Jean de Montfort, venu à Dinan, fit recouvrir son image de chaux. Mais le lendemain, 2 février, ô miracle, deux filets de sang coulent de l'image blanchie, derrière l'oreille, à l'endroit même où le bon duc avait été percé mortellement d'un coup de dague». (Abbé Citté, «Monseigneur Le Fer de la Motte», p. 34)
Le miracle dont il vient d'être fait mention est représenté sur l'un des vitraux de la chapelle de l'école, mais on y voit un soldat anglais, grimpé sur une échelle, qui frappe l'image du duc à coup de couteau. Il s'agit là d'un détail donné par un des témoins du fait au procès de canonisation de Charles de Blois, en septembre 1371 cf. «Dinan, ville d'art», p. 291). Le soldat anglais se serait aussi écrié : « Si c'est un saint, qu'il saigne maintenant ». (**)
Parfois, c'était simplement pour y recevoir l’hospitalité que les ducs, ou, plus tard, les gouverneurs de la province, descendaient au couvent. C'est ainsi que le roi Charles IX lui-même y fut logé le 23 juin 1570, avec les cardinaux de Lorraine et de Bourbon (cf. «Dinan, ville d'art», p. 293). Les deux dates que les Etats de Bretagne se sont tenus au cloître des Cordeliers, notamment en 1573 et 1634, « car, en ceste maison et la ville, sont les lieux les plus commodes à tenir les Etats de la province ». (Dubuisson-Aubenay, dans «Dinan, ville d'art», p. -93. Les deux dates de 1573 et 1634 sont rappelées sur le linteau, sculpté mis en place à la porte du réfectoire principal, lors de la restauration de la salle, en 1958.

(*) Nous lisons dans l'Histoire inédite de l’école des Cordeliers, de l'abbé Gautier, p. 160 : « A la Révolution, écrit M. le Chanoine Daniel, ancien archiprêtre de Saint-Sauveur de Dinan, le couvent des Cordeliers fut profané. Mais une main pieuse et discrète en sut enlever et cacher le don sacré de Saint Bonaventure. Quelle fut cette main ? Nous l'ignorons. Plus tard, la sainte image fut rapportée et mise à Saint-Sauveur, dans la chapelle Saint-François, où c'était bien sa place. »;.. Le Révérend Père Charles Robert, de l'Oratoire de Rennes, terminait ainsi une étude sur Notre-Dame des Vertus : « Telle est cette remarquable, respectable et précieuse image du XIIIe siècle, que la Révolution a chassée de son antique sanctuaire et que les pieux curés de Saint-Sauveur ont recueillie, en attendant de la restituer à la sainte maison à laquelle Saint Bonaventure l'avait offerte. »
Mais les Cordeliers n'attendent plus. Et Monsieur le Supérieur en a fait exécuter une reproduction que l'on peut voir dans un mur de la cour intérieure, près du Capitale, au-dessus du porche des Moyens.
Notons encore que M. Monier, dans Dinan, ville d'art, (p. 77, note 14), se basant sur le témoignage de deux spécialistes, un belge et un italien, croit pouvoir affirmer que le bas-relief n'est pas du XIIIe siècle. Il s'agitait d'une œuvre flamande (ou allemande) du XVe siècle.

(**) II ne reste naturellement rien de l'église du Couvent des Cordeliers, sur l'emplacement de laquelle a été bâtie la chapelle de l'école. Des nombreuses sépultures qu'elle abritait, on n'a conservé que la pierre tombale de Raullet Sarcel (XVe siècle), actuellement encastrée dans le mur de clôture, à l’angle de l'allée de la chapelle et de l'allée de la conciergerie. On peut encore lire l'inscription qui l'encadre : « Cy gist noble bourgois Raullet Sarcel, en son vivant Sr de Lerouez qui décéda le XXVIIIe jour de janvier MDCXXI. »
Pendant que l'on creusait les fondements de la Chapelle de l'école, en 1901, on découvrit de nombreux ossements provenant des anciennes sépultures. On trouva aussi deux cœœurs recouverts de plomb, portant des inscriptions gravées dans le métal et qui permirent de les identifier.
Il s'agissait des cœœurs de Dame Françoise de Montmorency décédée en 1599, et de son fils, Sébastien de Rosmadec, baron de Molac, gouverneur des villes de Dinan et Quimper, décédé à Dinan en 1652 à l'âge de 56 ans. On ouvrit alors, en présence des autorités les deux petites châsses de plomb. Le cœœur de Françoise de Montmorency n'était qu'imparfaitement conservé, celui de Sébastien de Rosmadec, enveloppé dans une feuille de missel, puis dans du chanvre et enfin dans un parchemin, se trouvait dans un merveilleux état de conservation et de coloration. Les deux cœœurs, remis dans une unique châsse de plomb, ont été placés, avec les autres ossements découverts, dans un tombeau recouvert d'une dalle crucifère en mosaïque, au haut de la nef, en avant du chœur.

Note préliminaire...
où l'auteur de cette série d'articles confesse, en toute humilité, une erreur d'autrui.


Il s'agit de la pierre tombale de Raullet Sarcel, dont il a paru un cliché dans le dernier numéro du bulletin, pierre tombale que l'on peut voir tout près de la chapelle, dans le mur de clôture.
Nous écrivions à son propos « Cy gist noble bourgois (sic) Raullet Sarcel, en son vivant Sr de Lerouez, qui décéda le XXVIIIe jour de janvier MDCXXI ». Cette inscription, nous l'avions lue sous cette forme dans le petit dépliant que l'abbé Le Guen, ancien professeur aux Cordeliers, avait composé jadis sur l’école. Mais on s'est avisé depuis que le L de Lerouez pourrait être un S stylisé et que le E se lirait aussi bien C « de Lerouez » deviendrait ainsi « des Crouez », i.e. des Croix. Cette lecture rectifiée, retenue par M. Monier dans « Dinan, ville d'art », p. 301 a au moins l'avantage d’être intelligible. Car Lerouez, on ne connait pas de lieu-dit de ce nom, tandis que bien des localités peuvent s'appeler « les Croix ». M. Monier précise dans une note • qu'il s'agirait ici d'une métairie de Lanvallay. Et maintenant que nous avons restitué à Raullet Sarcel son titre plus probable, nous allons pouvoir poursuivre, la conscience en paix, le chapitre que nous avions entrepris dans notre dernier numéro.

IV. LES CORDELIERS AVANT L'ECOLE (suite)

Mais au début de la Révolution, qu'était devenu le beau couvent des Cordeliers ? Comme les autres monastères, le XVIIIe siècle, le siècle des philosophes, l'avait à peu près vidé de ses occupants. En 1790, il ne restait que cinq religieux profès et un frère lai. Bien petite communauté qui se dispersa, comme les autres couvents dinannais, « sans incident et sans bruit ». Sur l'ordre du Directoire du district de Dinan, les scellés furent apposés sur la maison conventuelle le 22 janvier 1791 («Dinan. ville d'art», p. 292). Le gardien — ainsi s'appeLait le supérieur des couvents de Cordeliers — le gardien, le Père J.-B. Hercouët, prêta serment à la Constitution Civile du Clergé et devint curé constitutionnel de Plouër causant mille tracasseries à son «prédécesseur», Messire Julien de la Beaussaine. resté d'abord dans le pays. Il mourut à cinquante ans. en 1792.

Dès la fin de janvier 1791, peu de jours donc après le départ des religieux, le couvent était occupé par des troupes envoyées de Saint-Malo pour réprimer une émeute à Evran. Et bien vite ont morcela l'enclos du monastère « pour arrondir les héritages voisins. Les meubles, sous la réserve de la bibliothèque et des objets servant au culte, furent vendus le 18 mai. Quelques difficultés de procédure, sous lesquelles se cachait une spéculation, firent ajourner l'aliénation des bâtiments. Ceux-ci. malgré la présence d'un poste, furent d'abord à tel point délaissés, que, par une belle nuit, des mélomanes, qui connaissaient le prix du vieux plomb, forcèrent la porte de la chapelle sans être aperçus et volèrent une partie des tuyaux de l'orgue.
En 1796, le couvent des Cordeliers est devenu une caserne. »

Les lignes qu’on vient de lire et les renseignements qui précédaient proviennent d'un recueil collectif de «Notes et Documents» sur «le diocèse de Saint-Brleuc pendant la période révolutionnaire». édité chez Prudhomme, en 1894.

Dans quel état les bâtiments se trouvaient-ils en 1802 quand s'y installèrent avec leurs élèves, les trois jeunes ecclésiastiques de St-Sauveur ? Après avoir servi de caserne, ils devaient être particulièrement délabrés. Et sans doute n'avaient-ils pas changé beaucoup au mois d'août 1804, quand M. l'abbé Bertier prit la direction de l'école. Nous savons en tout cas qu'il les racheta «40.00 francs, le 27 juin 1807, à l'acquéreur national Charles Beslay, propriétaire depuis le 6 juin 1792».
(Cf "Dinan, ville d'art", p. 298).

V. LE SUPERIORAT DE L'ABBE BERTIER.

Dès son entrée en charge, l'abbé Bertier écrivit à Mgr Caffarelli la lettre que voici.

Monseigneur,
Ce n'est pas par un motif d'intérêt que je vais m'occuper de diriger l'école particulière de Dinan, elle est encore trop peu importante, et les émoluments qu'elle produit ne suffisent pas à MM. les professeurs pour une honnête médiocrité. Mais le désir de son accroissement et de sa perfection n'en est chez moi que plus vif, et tout ce qui s'y opposerait me contristerait singulièrement, et finirait peut-être par me décourager tout à fait.

C'est à vous, Monseigneur, que j'aurai recours, lorsque je ne pourrai par moi-même forcer les obstacles : le bien de votre diocèse vous est trop cher pour que je n'attende pas de vous tout l'appui que vous pourrez m'accorder. La franchise est le langage d'un prêtre et je sais que vous l'aimez.

Cette petite école inspire un intérêt général, même chez les personnes qui sembleraient avoir des raisons de travailler à l'anéantir. Pourquoi ? C'est que le plan qu'on y suit, c'est que les membres qui la dirigent retracent l'image de l'ancien collège qui, à la naissance de la révolution, excitait l'admiration publique ; on attend des jeunes ecclésiastiques formés dans ce collège les mêmes succès...

Des instituteurs laïcs feraient succéder à la confiance actuelle des sentiments tout opposés et plusieurs parents retireraient leurs enfants. Je vous avoue en mon particulier que je n'aurais aucun espoir de remplir vos vues, si je n’étais secondé que de cette manière...

De jeunes ordinands qui n'auraient point encore régenté ne conviendraient nullement ; ils ne pourraient de suite atteindre le point où l'on en est déjà ; il faudrait que je les exerceasse un peu trop eux-mêmes, et ils me craindraient trop pour m'aimer.
MM. Ménard, Loisel, Boschel sont nécessaires à l’école de Dinan. Ils commencent à bien faire et donnent l'espoir du mieux. J'ai des vues par rapport à eux pour cette partie, j'ai leur confiance et de leur union entr'eux et avec moi j'ose tout espérer avec la grâce de Dieu.

Si on vous les demande, Mgr, refusez-les. Donnez des espérances ; d'autres se formeront par leurs leçons et par leurs exemples ; et alors vous les lancerez dans le ministère comblés des bénédictions de votre Diocèse...

Pardonnez-moi ma manière de vous écrire : elle est le seul langage que je connaisse à la vérité.

Agréez l'assurance du profond respect et du parfait dévouement avec lesquels je suis…
Bertier, ptre-vic, de S.-Saur. de Dinan.

Nous avons tenu à citer cette lettre presque, in-extenso, car, mieux que toute dissertation, elle nous fait connaître l'abbé Bertier : conscience claire du but à atteindre et des moyens à prendre pour l'obtenir, volonté dans l'accomplissement de la tâche confiée, loyale franchise à l'égard des supérieurs. Ainsi Mgr Caffaretli « ne s’était pas trompé au choix qu'il avait fait » et l'abbé Bertier, heureusement secondé par les prêtres qui l'entouraient, était bien l'homme providentiel capable de raviver, dans l'enceinte des Cordeliers, le vif éclat dont avait brillé, avant la Révolution, le collège des Laurenls.

Il semble bien que l'école des Cordeliers, dès l'origine, ait rempli le rôle et porté le nom de petit séminaire — on aura pu remarquer, dans la lettre de l'abbé Bertier, les mots : les jeunes ecclésiastiques formés dans ce collège. Mais voici qu'en 1807 Mgr Caffarelli va l’élever au rang de grand séminaire. Celui de Saint-Brieuc n'était plus alors en mesure de satisfaire aux besoins du diocèse, beaucoup plus étendu qu'avant la Révolution. Et la loi du 18 Germinal an 10 — les fameux articles annexés au Concordat — reconnaissait aux évêques le droit d'organiser leur séminaire diocésain. Mgr Caffarelli prit donc, le 1er avril 1807, une ordonnance dont nous citons les premiers articles :

« Article 1er. Nous érigeons en Séminaire l'école établie à Dinan dans la maison dite des Cordeliers.

Article 2. Elle sera dirigée sous notre surveillance par des ecclésiastigues nommés par nous, sera comme le supplément et fera partie du Séminaire diocésain.

Article 3. Elle sera administrée par les mêmes principes qui dirigent l’enseignement dans le Séminaire diocésain, et soumise aux règlements qui y sont en vigueur.

Article 4. Conformément aux dispositions de l'article 24 de la loi du 18 Germinal, an 10, les professeurs souscriront à la déclaration du Clergé de France. »

Suivent quatre articles qui concernent surtout l’organisation des cours dans le séminaire.

Comment les premiers séminaristes s’installèrent-ils ? Sans doute durent-ils d'abord occuper, après réparations sommaires, les anciennes cellules des moines. M. Bertier n'avait pas encore racheté le couvent — il ne le fera que le 27 juin suivant — et ce n'est qu'en 1824 qu'il entreprendra, à l'intention de ses grands clercs, la construction du bâtiment qui longe au midi la cour d'honneur et qu’occupent maintenant, aux étages, des chambres et des bureaux de professeurs. L'importance du bâtiment laisse supposer un assez grand nombre de séminaristes le grand séminaire des Cordeliers a compté jusqu’à 80 élèves environ.

En 1808, le 12 avril, M. Bertier se voyait confier une charge nouvelle, qui s'ajoutait à celle, déjà lourde pourtant sans doute, de la direction de l'école : Mgr Caffarelli le nommait curé de Saint-Malo. Nous n'avons naturellement pas à suivre là l'abbé Bertier. Constatons seulement que l'évêque, qui lui confiait cette double charge, devait voir en lui un homme absolument remarquable, mais aussi que le supérieur des Cordeliers, devenu en même temps curé de Saint-Malo, ne manquait certainement pas d'ouvrage.

D'autant plus que, du côté de l'école, surgissent des difficultés. Car l’Université impériale, créée par la toi du 10 mai 1806, a le monopole de l'enseignement : « il sera créé, sous le nom d'Université impériale, un corps chargé exclusivement de l'enseignement et de l'éducation publics dans l'empire ». (art. 1er). Et c'est en 1808, le 17 mars, un mois à peine avant la nomination de l'abbé Bertier à la cure de Saint-Malo qu'est paru le décret organisant la nouvelIe université. En voici deux articles qui donneront tout de suite le ton de l'ensemble :

Article 2. — Aucune école, aucun établissement quelconque d'instruction ne peut être formé en dehors de l’Université Impériale, et sans autorisation de son chef.

Article 3. Nul ne peut ouvrir d'école, ni enseigner publiquement, sans être membre de l'Université Impériale, et gradué par l'une de ses facultés.

Cependant l'article 4 prévoit l'existence d'« institutions » et de « pensions » tenues par des particuliers. Mais « les chefs d'institutions et les maîtres de pensions ne pourront exercer sans avoir reçu du Grand Maître de l'Université un brevet portant pouvoir de tenir un établissement. »

Nous avons cité ces articles d'après Paul Foulquié, « L'Eglise et l'Ecole », (Editions Spes, Paris), qui poursuit ainsi l'analyse des décrets :
« De plus, les directeurs et les maîtres de pensions devaient collaborer au financement d'une Université qui ne leur rendait aucun service, d'abord par le paiement d'une patente, ensuite et surtout par le versement du vingtième des frais d'instruction incombant aux élèves, même pour les élèves bénéficiant de la gratuité...

« Des décrets impériaux ultérieurs devaient encore réduire singulièrement le secteur de l'enseignement privé. Celui du 16 février 1810, art. 18, spécifia que « pour être admis à l'examen du baccalauréat, tout candidat justifiera qu'il a fait une année de rhétorique et une année de philosophie, soit dans un lycée, soit dans une école où ce double enseignement aurai été formellement autorisé ». Celui du 15 novembre 1811 arrêta les dispositions suivantes : •...dans les villes pourvues d'un collège ou d'un lycée, les « institutions » et les « pensions » doivent envoyer leurs élèves au cours de l'établissement de l’Etat et elles ne peuvent pas accepter de pensionnaires tant qu'il reste une place disponible dans cet établissement. » (Foulquié, pp. 63 et 64).

L'école des Cordeliers, reconnue par le gouvernement « école secondaire ecclésiastique », c'est-à-dire classée au rang d'institution, dut payer les diverses redevances instituées au profit de l'Université et il fallut aussi conduire les élèves aux cours du collège municipal. Cela dura jusqu'à la chute de Napoléon, en 1814, et fut rétabli, en 1815, durant les Cent Jours.

Non pas que l'on se soumît de gaieté de cœur à ces rigoureuses prescriptions. Une circulaire adressée par Fontanes, le Grand Maître de l'Université Impériale, aux Recteurs d'Académie, le reconnaît explicitement :

« Monsieur le Recteur, l'intérêt personnel qui anime naturellement un grand nombre d'instituteurs particuliers contre le système général d'éducation publique établi par les décrets de l'Université, et spécialement par le décret du 15 novembre 1811, leur fait imaginer tous les jours de nouveaux moyens de se soustraire aux dispositions les plus formelles, et aux intentions les plus évidentes de ces décrets; mais l'Université, étrangère à toutes ces considérations d'intérêt privé, doit maintenir de toutes ses forces, et assurer sur tous les points l'exécution des volontés de l'Empereur. »
Les lettres, que nous possédons dans les archives de l'école, adressées par Germé, le Recteur de l'Académie de Rennes, à M. Bertier, sont aussi pleines de réclamations, celles du moins qui ont été écrites par les secrétaires et que Germé s'est contenté de signer. « Monsieur le Directeur, écrivait-on par exemple le 1er mars 1814, nous voici à la première décade du troisième mois du trimestre, époque fixée pour le versement de vos rétributions universitaires ; et mes instructions on ne peut plus urgentes me font un devoir impérieux de vous renouveler les instances que je vous ai faites à cet égard dans mes précédentes lettres... ». Une autre lettre, du 30 mai 1812, invite M. Bertier à « envoyer sans retard une quittance de 400 francs pour droit de diplôme annuel dont vous êtes redevable depuis le 1er novembre 1808 jusqu'au 1er novembre 1812 ». Est-ce le peu d'empressement qu'il semble avoir mis à s'acquitter de cette redevance qui explique la date tardive à laquelle M. Bertier fut reconnu par le gouvernement Directeur de l'école secondaire ecclésiastique fixée à Dinan » ? Quoi qu'il en soit, ce n'est que le 22 septembre 1812 que Fontanes signa le décret lui conférant cette qualité.
(à suivre)

 

Notre série d'articles sur « les origines de l'Ecole des Cordeliers » nous a valu deux lettres — et deux études — dont la première aurait dû passer dans le dernier numéro du bulletin, mais des nécessités de mise en pages, etc... Bref, il s'agit d'une lettre sur du beau papier à en-tête :
Archives Départementales du Cher et de l'Ancienne Province de Berri, 9, rue Fernault, Bourges ».

« Cher Monsieur l'Abbé,

« Je viens de recevoir C.V.C. C'est toujours avec le même plaisir que je le lis. Il y a quelque temps, j'avais décliné l'offre de continuer ma modeste collaboration à notre petit journal.
Quelqu'envie que j'en aie, je ne peux revenir sur cette décision, mais, pour me faire pardonner, je vous envoie ci-joint copie d'une lettre qui vous intéressera peut-être et qui a trait précisèment à l’ambiance psychologique et administrative dans laquelle est née l'école. Le fait qu'elle ait été écrite par Jean-Marie de Lamennais n'est pas non plus indifférent. J'avais repéré cet article au cours d'un dépouillement bibliographique ; le dernier article paru dans C.V.C. m'a fait penser à vous l'envoyer...
Un grand nombre de nos lecteurs auront bien sûr reconnu l’auteur de cette lettre notre ami Jean-Yves Ribault, archiviste-paléographe à Bourges. Il a été l'un des fondateurs et l'un des premiers rédacteurs de Ces Vieux Cordeliers, et nous le remercions de n'avoir pas oublié son cher vieux journal.

Extrait d'un article de M. René DURAND, professeur au Lycée de St-Brieuc, Jean-Marie de Lamennais, vicaire capitulaire du diocèse de Saint-Brieuc, et les Congrégations (18151819) dans Comité des Travaux Historiques et Scientifiques. Section d'Histoire Moderne et Contemporaine. Notices et documents, t. I Documents sur l'Histoire religieuse de la France pendant la Restauration (1814-1830) Paris, 1913, p. 261 et suiv.

Lettre de Jean-Marie de Lamennais, vicaire général du diocèse de Saint-Brieuc, au comte de Saint-Luc, préfet des Côtes-du-Nord. 30 juillet 1816.
Jean-Marie de Lamennais, pendant tout le temps qu'il administra le diocèse de Saint-Brieue, en qualité de vicaire capitulaire, depuis la mort de Mgr Caffarelli (1815) jusqu'à l'avènement de Mgr de La Romagère (1819), fut occupé à reconstituer les établissements congréganistes, contemplatifs, hospitaliers ou enseignants et à soutenir contre l'Université une lutte acharnée. Dans cette action, il fit preuve de son tempérament primesautier et passionné, mais capable au besoin, pour arriver à ses fins, d'une diplomatie toute cléricale. Bien qu'il n'ait pas connu une célébrité aussi bruyante que son fère le grand «Féli», l'auteur de l'«Essai sur l'indifférence», il n'en reste pas moins l'une des figures les plus originales et les plus importantes de l'Eglise de France au XIXe siècle.
Cette lettre concerne le rétablissement des Ursulines de Dinan, rentrées en 1809, mais installées provisoirement dans l'ancienne communauté de Sainte-Catherine. Il s'agissait de leur concéder l'ancien couvent des Bénédictines de la Victoire, fondé en 1628 et occupé depuis vendémiaire an XIII par le Collège (cf. Bellier-Dumaine, Histoire du Collège de Dinan, dans Annales de Bretagne, tomes XI et XII (1895-1896 et 1897) On remarquera l'extrême virulence des appréciations de l'abbé de Lamennais sur l'enseignement du Collège. Le Collège avait eu son principal, Sergent, destitué et rayé de l'Université en raison de sa conduite pendant les Cent-Jours. Le 21 février 1916, le Conseil municipal avait supprimé la subvention qu'il lui allouait jusqu'alors.
« Je viens d'apprendre indirectement ce qui a empêché jusqu'ici le Ministre de l’intérieur (le comte Laîné) d'accorder aux Ursulines de Dinan la maison de la Victoire que nous avons demandée pour elles... Le ministre a cru devoir consulter l'Université sur la possibilité de rétablir le Collège de Dinan... Vous savez aussi bien que moi, Monsieur le Préfet, que tout est faux dans cet espoir; mais le ministre l'ignore, et je vous demande en grâce de l'assurer le plus tôt possible que le Collège de Dinan est tombé et bien tombé, mort, et que la résurrection serait un miracle que l’Université n’opérera jamais. Espère-t.elle donc déterminer la ville à rétablir sur son budget une somme de 3.000 francs qu'elle allouait chaque année à un Collège dont la destruction a été, sous le rapport des finances, une si grande économie pour elle.., ou bien, pour nuire à notre école ecclésiastique (fondée par Mgr Caffarelli sous la direction de l'abbé Bertier, voir Bellier-Dumaine, ouvr cité, et Archives départementales des C.-du-N., série T) aurait-elle le dessein de fonder à Dinan un Collège à ses frais qui, comme celui dont elle déplore la perte, ne pourrait se soutenir que par des lois de rigueur, odieuses en elles-mêmes et vaines dans leurs résultats, car enfin les parents s'obstinent à ne vouloir confier tout ce qu'ils ont de plus cher qu'à des hommes de leur choix, et l'Université ne triomphera pas de ce préjugé avec des huissiers et des gendarmes.
Pardon, Monsieur le Préfet, de la vivacité des expressions qui m'échappent, mais je ne puis retenir mon indignation quand je vois qu'on emploie de pareils moyens pour une pareille affaire.
Au reste, je me console dans cette pensée qu'un mot de votre part suffira pour convaincre le Ministre de deux choses également évidentes, je veux dire de l'inutilité des bâtiments de la Victoire pour l'Université et de leur utilité pour un établissement d'Ursulines. »
(Arch. dép. des C.-du-N série V (Cultes). Ursulines de Dinan)

LA MAISON NATALE
DE L'ABBÉ BERTIER
PREMIER SUPERIEUR DE L'ECOLE


« Julien-Jacques Bertier ou Berthier naquit le 21 février 1756 au village de Chevaille, en Saint-Séglin, paroisse du diocèse de SŒaint-Malo », écrivait-on dans le numéro 31 (août 1960) de « Ces Vieux Cordeliers ». Or, à la suite de cet article, l'un de nos abonnés, Joseph de Guéhéneuc (97-11), du Boschet, par La Gacilly (Morb.), découvrait qu'il n'habitait, pas très loin du lieu de naissance de l'abbé Bertier, nous le faisait savoir, et nous promettait une photo de la maison natale du fondateur de notre école, si du moins elle existait encore. Il se proposait aussi de jeter un coup d’œil sur les archives de la Paroisse. Nous avons reçu la photo promise, nous en avons fait tirer un cliché, et nous sommes heureux de la présenter à nos lecteurs. Elle était accompagnée de la lettre suivante que nous citons à cause des renseignements intéressants qu'elle contient :

« Monsieur l'abbé,

Comme je vous l'avais promis, je suis allé •faire un tour à Saint-Séglin par des routes infernales livrées aux skrappers et autres bulldozers.
Ma première visite a été pour le presbytère. Je n'ai pas vu Monsieur le Recteur, mais un jeune vicaire se trouvait là.
Je lui ai exposé le but de ma visite, il m'a dit supposer que le presbytère n'avait plus de trace de l'abbé Bertier et est allé vérifier. Il a constaté que les archives de l'église ne remontaient qu'à 1812.
Sur ma demande, il m'a dit que Chevaille n'était plus aux Bertier : les descendants sont maintenant à Rennes, mais il ne savait pas leur adresse. Il m'a indiqué, dans le village voisin de Chevaille, quelques très vieilles femmes portant ce nom, mais il ne savait pas si elles étaient de la même famille. J'ai été les voir mais elles n'ont Jamais entendu parler de M. Bertier.
Ce n'est pas le cas à Chevaille, où sa mémoire est bien conservée. Les habitants de cette exploitation se souviennent d'un portrait où l'abbé Bertier était représenté avec beaucoup de cheveux blancs, la tête dans les épaules. Je leur ai montré le portrait paru dans « C.V.C. » n° 33. ils l'ont tout de suite reconnu.
Les propriétaires exploitants actuels de Chevaille m'ont dit que la maison occupée par les parents de l'abbé Bertier avait été transformée en étable. J'y ai encore vu une partie du manteau de la cheminée ; les murs sont d'époque et l'on m'y a montré le coin où iI est né. La femme m'a même dit « Quand je tire la vache qui est là, je pense quelquefois qu'un prêtre est né à cet emplacement ».
La toiture nord de celle étable est d'époque, en grosses ardoises d’au moins un centimètre d’épaisseur ; elle sera refaite d’ici un an ou deux.