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Les grands travaux
de 1860 à 1881

Le décès du chanoine Dagorne, ancien élève, ancien Supérieur des Cordeliers et premier Président de l'Association des Anciens élèves, en 1905, a marqué les esprits. Plusieurs textes ont été écrits et plusieurs discours prononcés pour souligner les immenses mérites du Chanoine Dagorne.

Dans cet extrait du bulletin de l'Association des Anciens Elèves des Cordeliers, douzième assemblée générale, 24 juin 1905, pages 34 à 39, les transformations engagées sous le supériorat du chanoine Marin Dagorne sont détaillées.

L'histoire des Cordeliers doit mentionner les travaux qu'il fit exécuter pour garder à l'Ecole son bon renom et l'établir dans de meilleures conditions, pour faire face à une concurrence de plus en plus redoutable.

Tout d'abord, les classes appelèrent son attention. Elles étaient formées alors de quatre murailles à l'aspect sombre et sévère, sous la mince couche d'un simple badigeon ; une terrasse inégale et froide en formait la superficie où les pieds se perdaient dans la poussière, et les élèves, assis sur de méchants sièges, en étaient réduits, pour écrire, à demander à leurs genoux un point d'appui plus ou moins solide.

Monsieur Dagorne nettoya et égaya les classes. De blancs enduits recouvrirent les murailles, un plafond de plâtre cacha les poutres ; un bon plancher fit disparaître la nudité du sol ; des bancs, solidement attachés à des panneaux en bois, fixés contre la muraille, régnèrent dans tout le pourtour des classes, tandis que des planches inclinées et reposant sur des tiges en fer d'une hauteur bien calculée permettaient aux élèves de s'appuyer et d'écrire à leur aise.

Le mobilier des études se ressentait, lui aussi, d'un long usage; il fut remplacé par de nouvelles tables à caissons ; et dans chacune des deux salles, fut percée une fenêtre, qui donne sur la cour intérieure et sert à éclairer la chaire du surveillant.

La vieille Chapelle reçut également la visite des ouvriers. Les stalles du chœur et une balustrade en fer furent posées ; les bancs et le plancher furent refaits ou consolidés ; le lambris fut peint, et le maître-autel notablement embelli, ainsi que son retable. Elle fut agrandie de toute la partie réservée au public et qui précédemment était affectée à une salle de lingerie. Par suite de cette transformation, la tribune avec son plancher fut exhaussée, et une communication très utile et bien comprise fut établie, au moyen d'un escalier en spirales, entre l'intérieur de la maison et la Chapelle.

La voûte qui court tout le long de cette chapelle, reçut un pavé tout neuf, et une grille en fer encadrée par les ogives du cloître ferma de ce côté la cour des Grands.

A l'extrémité de la voûte et derrière la muraille du chœur de la vieille chapelle, existait un appartement qui, après avoir été selon toute probabilité, un oratoire, était devenu un cellier. Il perdit sa destination, fut converti en préau où les élèves de la division des Petits se réfugiaient en cas de mauvais temps. Gagnant du terrain de ce côté, leur cour en perdit d'autre part par la construction d'un parloir absolument indispensable.

Les Moyens qui jusque-là avaient été mélangés avec les Grands, furent séparés. Une cour spéciale leur fut attribuée, et c'est là désormais qu'ils prirent leurs ébats.

Le réfectoire dont nous admirons les vastes proportions, n'était pas tel au moment de l'arrivée de Monsieur l'abbé Dagorne.

Le couloir qui commence à la cuisine, entre l'étude des Grands et le petit salon, se poursuivait jusqu'à l'extrémité du réfectoire en un passage d'une obscurité complète. Le nouveau Supérieur fit abattre cette affreuse cloison qui déparait tant l'ancienne salle capitulaire ; ouvrir une porte et des fenêtres sur la cour des Grands, et porter ailleurs le caveau au vin, qui occupait l'emplacement actuel de la table présidée par Monsieur le Préfet de discipline.

Si les vieux moines s'étaient relevés de leurs cercueils, ils auraient félicité Monsieur Dagorne et applaudi à la transformation heureuse qui s'était opérée et avait rendu et sa forme et ses dimensions primitives à une salle magnifique et historique.

A signaler encore au Réfectoire l'installation de tables en marbre, qui lui donnèrent un meilleur aspect et contribuèrent à sa propreté.

La nécessité d'une troisième salle d'études se faisait sentir ; mais où la placer ? Ce fut alors que Monsieur Dagorne eut l'idée de construire la maison dite Le Pavillon, située à l'extrémité Sud du réfectoire, avec lequel elle est en communication.

Elle allait avoir plusieurs destinations. Outre que le rez-de-chaussée devait être converti eu salle d'études, les différents étages étaient appelés à former des logements aux professeurs plus nombreux et des appartements pour bibliothèque et cabinet de physique. (ndlr : D'après le Bulletin de l'Association amicale des Anciens élèves de l'École Libre des Cordeliers, de 1903, page 19, l'inauguration du pavillon Dagorne a eu lieu après les vacances de Pâques 1866.)

Les dortoirs ne suffisaient plus à cause de l'accroissement notable du nombre des élèves. Monsieur Dagorne en fit créer deux nouveaux : celui de Saint-Joseph et celui de Saint-Yves. Les dortoirs déjà existants de Saint-Louis de Gonzague, de Saint-Stanislas et de Saint-Charles furent nettoyés, munis d'un plancher neuf, débarrassés de leurs lits en bois vermoulu, et garnis de lits de fer bien alignés. Outre qu'ils tenaient beaucoup moins de place, qu'ils étaient plus hygiéniques, ils avaient encore l'avantage de rendre la surveillance beaucoup plus facile.

Le soin de la lingerie est chose fort importante dans un grand établissement. A cette époque, il était confié aux mains et à la vigilance de Mademoiselle Desmarets. Par le passé, cette vigilance avait pu être suffisante, mais elle ne l'était plus, à cause des multiples années qui pesaient lourdement sur les épaules de la bonne et pieuse demoiselle.

Il était nécessaire, tout en lui réservant une petite fonction, de lui donner des remplaçantes. Depuis quelque temps déjà, Monsieur Dagorne songeait à appeler des Religieuses de Créhen. L'occasion était favorable de mettre à exécution son projet et de les installer à la direction de la lingerie.

Une maison, voisine de la chapelle et séparée du reste de l'établissement, fut bâtie pour les recevoir, et des appartements avec étagères et casiers nombreux furent affectés au linge.

La vieille infirmerie était tout ce qui avait de plus rudimentaire. Elle consistait en une chambre unique dont la porte ouvrait sur le grand corridor et qui était peu éloignée du dortoir.

C'est là que les élèves, faibles ou souffrants, allaient prendre, sous la haute surveillance d'un infirmier, qui d'ordinaire appartenait à la classe de seconde ou de rhétorique, les potions, les fortifiants et les remèdes prescrits par le docteur. A en juger par ce local de dimension fort restreinte, il n'était guère permis aux élèves d'être sérieusement malades, surtout plusieurs à la fois.

Monsieur Dagorne, en homme pratique et connaissant notre pauvre nature avec ses misères variées, crut bon de modifier l'infirmerie. Il savait que l'enceinte de son Etablissement, quelque bien gardée qu'elle fût, n'était pas inaccessible à l'invasion des microbes qui, sous toutes les formes, conspirent contre les vies humaines. Il organisa donc, dans des conditions plus satisfaisante une infirmerie nouvelle dont il laissa également la direction aux Sœurs de Créhen. Désormais le sort de ceux qui s'aviseraient d'être malades, serait moins embarrassant. Des chambres confortables et bien aérées seraient mises à leur disposition, des soins plus minutieux et plus réguliers leurs seraient prodigués, et une petite pharmacie leur fournirait les remèdes les plus usuels.

Cette infirmerie fut placée là où nous la voyons encore actuellement. L'endroit était bien choisi ; il offrait aux souffrants le calme, la tranquillité et se trouvait éloigné du bruit inévitable dans un grand collège.

M. Dagorne ne pouvait se contenter le l'aspect trop simple du corridor principal par où passaient nécessairement les parents des élèves se rendant, ou chez M. le Supérieur, on au bureau de l'Economat. Il le fit garnir, après en avoir stuqué les murailles, de tableaux reproduisant des monuments ou des vues de l'ancienne Rome ; c'était un souvenir d'un pèlerinage qu'il avait accompli à la Ville Eternelle.

L'actif supérieur ne s'arrêta pas à ces travaux, pourtant si nombreux. Des Water-Closets furent installés dans d'excellentes conditions d'hygiène et de salubrité. Une boulangerie et une porcherie, rendue célèbre par un procès retentissant, furent créées au bas du jardin, à peu de distance de la rue de l'Ecole. Puis une salle de billard offrit aux professeurs une bien légitime récréation.

Enfin il agrandit et régularisa le jardin potager par l'adjonction de plusieurs parcelles de terrain, dont il se vit obligé de faire l'acquisition à un prix élevé, pour n'être pas gêné par des voisins qui auraient pu être indiscrets et désagréables.

Ces multiples constructions, tant de transformations et d'aménagements sont la preuve manifeste du souci que prenait l'intelligent Supérieur, du matériel de sa maison. S'il n'avait pas dépendu de lui d'en faire un établissement d'une régularité parfaite, d'un aspect imposant et de grandioses proportions, il avait cherché à y mettre partout une impeccable propreté. Et nous devons dire qu'il y avait réussi.

Tous ces travaux qui équivalaient à une reconstruction complète, ne s'étaient pas effectués sans des dépenses énormes, écrasantes pour le Petit-Séminaire de Dinan. Peut-être que leur montant, au moins en partie, avait échappé aux calculs de Monsieur Dagorrne. Quand on exécute des travaux de réparation ou de construction, il est bien difficile de savoir au juste quelle somme on dépensera ; il faut souvent compter avec l'imprévu.

Enfin quoi qu'il en soit, une gêne considérable dans les finances des Cordeliers s'en suivit. Monsieur Dagorne ne la constatait que trop et, durant bon nombre d'années, il en souffrit énormément.

Mais la Providence n'abandonne pas les siens. A l'occasion d'une Distribution de Prix, Monsieur le Vicaire Général Frélaut-Ducours qui la présidait, parla des embarras financiers de la Maison des Cordeliers, et adressa, en vue d'y remédier, un pressant et chaleureux appel aux prêtres présents. Cet appel d'un ami dévoué de Monsieur Dagorne fut parfaitement accueilli.

Bientôt des dons empressés et de généreuses souscriptions, provenant surtout des ecclésiastiques de l'arrondissement, affluèrent au Petit-Séminaire, et réduisirent d'autant le chiffre élevé des dettes.

Monsieur Dagorne en fut très touché. Il y vit une marque de l'affection et de l'estime de ses confrères pour sa personne et de leur dévouement pour sa Maison.

Il est bon de dire que lui-même, le premier, s'était presque héroïquement sacrifié pour la même cause, en prenant, sur son patrimoine, la somme de trente mille francs dont il fit un complet abandon.

Grâce à ces ressources providentielles, la situation financière de l'Etablissement fut moins obérée et cessa de causer de si vives alarmes. S'il restait encore quelques dettes, Monsieur Dagorne, à la vue de sa Maison appropriée, rajeunie, honorée de la confiance des familles et remplie d'élèves, se disait qu'elles n'étaient pas inextinguibles, et il regardait l'avenir avec confiance.