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Bouquet de la charpente

de la nouvelle chapelle

14 mars 1903

Depuis si longtemps on en pariait ! Les deux grands murs se haussaient toujours, mais toujours au-dessus d'eux rien que la voûte bleue du ciel. Et l'on finissait par se lasser. L’on attendait avec impatience l'autre voûte moins majestueuse sans conteste mais qui donnerait à l'édifice ses réelles proportions et permettrait de juger l'ensemble.
Toutefois avant la voûte, la charpente.
Voici longues semaines déjà que le bois est arrivé. Enfin un jour les charpentiers se mettent à l'ouvrage : ce sont les frères Herbert qui ont l'entreprise. Que saint Joseph, patron de la corporation, leur soit en aide pour qu'ils fassent bien et vite.
Dieu soit loué et merci à saint Joseph ! ils font bien et ils font vite. Après la chanson connue du ciseau sur la pierre on a plaisir à entendre sur les poutres solides les coups retentissants des charpentiers. Et ils y vont de tout cœur
Puis quand en bas on a suffisamment équarri, taillé, scié, pris les mesures et rien laissé à l’imprévu, il faut hisser au-dessus des murs les matériaux ainsi préparés, et après cela placer, placer, placer. Ce n'est pas mince besogne.
Mais les frères Herbert ont bientôt fait, et comme par enchantement Ia charpente se dresse. Avec quelle légèreté ils marchent sur les planches à peine posées ; on a le vertige rien que de les voir et plus d'un songe par devers lui qu'il n'en voudrait de sa vie faire autant, fût-ce pour une fortune.
Or, à force de hisser, de boulonner, de chevronner il y a là-haut toute une forêt, si bien que le 14 mars la charpente se trouve entièrement mise. A son plus haut sommet saint Joseph aura pour sa fête un superbe • bouquet. On va l'y mettre dès ce soir.
Le chantier est à la joie : ce premier achèvement de l’œuvre annonce l'achèvement final et prochain. Charpentiers, maçons, tailleurs de pierres, tout le monde est en fête.
Élèves et professeurs veulent se réjouir aussi. La pose du bouquet est fixée à quatre heures.
Admirons-le d'abord ce magnifique bouquet noué élégamment de rubans tricolores.
Deux autres gerbes de fleurs, très belles aussi, ont été offertes pour la circonstance. Portées par Jacques Dezaunay et René Lemoyne, elles vont orner les extrémités de la tribune.
Quant au vrai bouquet de la charpente, l'un des frères Herbert, après une escalade qui n'a l'air de l'émouvoir nullement, le plante solidement en plein ciel, tandis que d'en bas éclatent les applaudissements et que la musique (car la musique en est, s'il vous plaît) joue trois fois le salut au drapeau. Splendide ! A présent, que les couvreurs viennent et se hâtent, que les plâtriers se préparent, qu'au fronton fleurissent et s'allongent les crochets des rampants et qu'enfin tout là-haut à la place du bouquet s'élève sans tarder la croix.
Sous la pluie et le vent le bouquet, pourquoi donc ? sera fané bientôt. La croix, qui connaît depuis dix-neuf siècles les orages, saura résister et dominer quand même :

Stat crux, dum volvitur orbis.

Annuaire pour l'année 1904, p. 69 à 71.