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Les douze travaux d'Hercule

Les travaux de l'été 1934 sont lancés après l'accord intervenu avec la ville de Dinan : désormais, les bâtiments des Cordeliers sont la propriété de l'école. Plusieurs chantiers sont lancés : l'abbé Guy Page, secrétaire de l'Association, en fait le tour dans un style alerte et imagé dans le bulletin de l'Association publié après la réunion des Anciens du 5 juin 1934, pages 29 à 32.

Et même j'ose le dire — que dieux et déesses de la Grêce me pardonnent — : Hercule n'était qu'un bambin.

Pas plus tard que tout de suite, vous en pourrez juger :
… A peine s'étaient évanouis, le 11 juillet dernier, emportés par la houle du départ, les ultimes applaudissements de la Distribution solennelle des Prix que déjà toute une armée d'ouvriers s'emparait de la maison. L'assaut, bien dirigé, conduisait immédiatement les pacifiques assaillants jusqu'au deuxième étage du bâtiment central. La position s'avérait d'importance et il ne restait dès lors qu'à exploiter le succès. Ce fut l'œuvre de trois petits mois.

La situation, à l'heure actuelle, se présente comme il suit :
Le dortoir Saint-Joseph et le dortoir Saint-Yves ont été entièrement refaits. Leur largeur a été presque doublée, leur hauteur également. Les matériaux employés (charpente en fer, héraclite, célotex, iso-fibro), doivent résister à l'épreuve du temps et assurent à l'ensemble une élégance et un cachet tout à fait modernes qui nous changent quelque peu des ruelles étroites et des alcôves ténébreuses du temps passé… De la lumière  ! De l'air  ! C'est propre  ! c'est spacieux  ! et c'est gai  !

Une porte fait désormais communiquer le dortoir Saint-Joseph avec le pavillon, et l'accès au grenier, dans le bouleversement général, s'est trouvé modifié. Personne ne s'en plaindra.

… Personne ne se plaindra non plus de la construction de certains petits locaux indispensables, étiquetés suivant les goûts : W.-C., cabinets ou n° 100 et qui sont actuellement la parure de tous les dortoirs et de l'étage inférieur du pavillon. Hygiène et confort ! C'est, dans le genre, ce qu'on fait de mieux !

… Descendons… Traversons la cour intérieure. Ouvrons une classe au hasard. Quoi ! Monsieur, vous reculez, ébahi ! « Ce local dites-vous, a été entièrement remis à neuf, sinon reconstruit. Je ne le reconnais plus. » D'autres avant vous ont énoncé le même jugement et commis la même erreur. Cette salle, en réalité, n'a pas été touchée, mais on s'est contenté d'en agrandir les fenêtres ou de les multiplier. Veuillez remarquer en outre que toutes ces fenêtres sont munies de vasistas et que l'aération, vous le devinez sans peine, se trouve de ce chef notablement facilitée. Vous signalerai-je, en passant, Monsieur un détail pittoresque : comme ils perçaient le mur de la classe de Seconde — riche classe savez-vous — les ouvriers ont découvert une jolie cheminée et aussi quelques pièces de monnaies datant de Henri II. Ces pièces évidemment n'ont plus cours, mais une pareille trouvaille est suggestive au dernier point… Si, j'étais économe, moi, Monsieur, je ferais abattre tous les murs de la maison pour mettre à jour les trésors qu'ils doivent recéler en leurs flancs.

… Par ici, Monsieur. Nous allons nous transporter, si vous le voulez bien, dans la cour des Moyens. Permettez, Monsieur, je passe devant. Voyez-vous ce portail ? … Oui, précisément, il donne dans la rue de la Garaye. Admirez cet autre portail, tout rouge, qui se déplace sur deux roues minuscules et cet autre, encore, là-bas au fond de la cour, secteur jardin ?
Ces trois portails Monsieur, ouvrent et ferment les différents biefs de la voie charretière qui doit conduire de la rue de la Garaye à l'extrémité sud du jardin. Point terminus; le jeu de boules. Pourquoi le jeu de boules ? C'est bien simple, Monsieur. Parce que le jeu de boules, à la saison, est élevé à le dignité de jeu de pommes (sans jeu de mots et sans serment).

Permettez, Monsieur ! auriez-vous l'obligeance d'esquisser un demi-à-droite ? Là, parfait ! voyez ce mur. Il était autrefois embelli (?) de plâtras larmoyants et crevassés. On a fait sauter ce revêtement vétuste et le mur apparaît aujourd'hui dans un appareil simple et nu. Remarquez, Monsieur, ses nervures saillantes, la solidité de ses tendons, la robustesse de ses assises… Et il en est de même côté jardin.

Attention ! Demi-à-droite encore ! Là ! Ce préau qui vous fait face avec sa porte à claire-voie. C'est le préau des agrès…Demi-à-droite toujours !… Autre préau, oui, Monsieur. C'est le frère cadet de l'autre. Il en a d'ailleurs usurpé les fonctions… Demi-à-droite, lentement ! Au fond de la cour, frileusement blotti contre le mur, ce nouvel édicule !… Vespasiennes, oui, Monsieur, et jamais l'empereur romain n'en connut de pareilles. Décidèment, vous avez un flair !… Et ce mur là-bas, refait, lui aussi, de la base au sommet…

Inimaginable, vous dis-je, fantastique !

Après ce tour complet, car vous avez fait sur vous-même, sans vous en douter, un tour complet, nous n'avons plus rien à voir ici. Voulez-vous me suivre, cher Monsieur… Ah ! je vous présente une nouvelle cour que vous n'avez sans doute pas connue. Elle n'est pas encore baptisée. Appelons-la, si vous voulez, cour de la maison Fromentin. Je vous ferai remarquer que cette cour est à deux plans… Le plan inférieur et le plan supérieur, c'est ça même, oui, Monsieur… Vous voyez cette murette ? Toute récente ! à peine quatre mois. Mais de toutes ces pierres, déjà elle vous parle, elle vit !… Suivez le guide, s'il vous plaît… Ceci ?… Un garage pour autos. Comment ? Vous ne voyez que la toiture ! Doucement, Monsieur, doucement ! Paris, sapristoche, ne s'est pas fait en un jour…

Voyons ! Si vous le voulez bien, nous allons continuer notre… Ou plutôt non ! cela nous conduirait trop loin; il nous faudrait courir aux quatre coins de la maison. J'aurai plus tôt fait de vous dérouler ici-même, tout de suite, le film complet des dernières améliorations :

… Un préau, oui encore un préau, c'est un article très couru, un préau, dis-je, a été construit au bord du jardin. Il doit servir de bûcher… bûcher sans feu, rassurez-vous. Nous ne sommes plus aux temps sombres de l'Inquisition.

… Une fenêtre a été percée près de la chambre de M. le Supérieur. Cette fenêtre dispense quelque lumière dans le grand couloir et jette une lueur sur le passage qui conduit à l'infirmerie. Ce n'est pas encore le rêve évidemment, mais c'est tout de même plus clair… en tout cas, moins sombre.

… Des vitrages ont été placés aux deux portes de l'étude des Petits et à la porte du dortoir Saint-Louis-de-Gonzague.

… Des réflecteurs Zeiss ont été installés dans les quatre études, au réfectoire, au petit salon, dans le grand couloir, dans le bureau de M. le Supérieur, à la lingerie, à la sacristie, dans les nouveaux dortoirs… Ces gros œufs d'autruche, de teinte laiteuse, épandent une lumière douce, égale, tamisée, qui glisse sur le poli des tables, frôle les plafonds et les murs, caresse les visages, s'étale en nappes dorées sur les gens et les choses… bref, dispense aux quatre coins de la maison, avec une largesse princière, cette joie, cette clarté, cette… arrêtez-moi, Monsieur, arrêtez-moi ! Ouf ! Il était temps ! Je m'envolais. Oui, c'est ça ! les plus lourds que l'air. Oh ! très bien !… Enfin, voulez-vous ? descendons et revenons aux grises réalités.

… Quatre bancs neufs et cent chaises neuves ont été placés à la chapelle.

… Le chauffage central des professeurs a été modifié et marche à présent au mazout. L'appareil fonctionne au commandement : « Ouvrez le feu !!!… Cessez le feu !!! » M. l'économe, naturellement, est préposé aux ordres. Il se déclare enchanté de l'installation.

… Les dortoirs ont reçu des penderies et des portemanteaux… Ça meuble et c'est meublé !

… Deux chambres ont été aménagées pour les Religieuses au deuxième étage de la maison Besnier.

… La croix de fer, enfin, qui domine le pavillon du grand escalier a été restaurée.

Et voilà !… Je pense, Monsieur, n'avoir rien oublié… Comment ?… Non, ne me remerciez pas. J'ai fait en votre compagnie une promenade fort agréable et c'est moi qui demeure votre obligé.

Au revoir, Monsieur… Vous dites ? Ah ! non, non, vous ne voudriez pas ! Gardez, gardez, je vous prie… Pour vos pauvres, Monsieur.

Hercule, je vous l'ai dit, n'était qu'un bambin. Il étouffa le lion de Némée, tua l'hydre de Lerne, prit vivant le sanglier d'Erymanthe, atteignit à la course la biche aux pieds d'airain, nettoya les écuries d'Augias, délivra Thésée des Enfers, etc., etc…

Mais tout cela ne vaut pas chipette auprès des travaux réalisés récemment en cette maison, et quand l'Histoire impartiale sommera de comparaître aux barres de la Justice et de la Vérité le fils de Jupiter et d'Alcène pour le confronter avec M. le chanoine Toublanc, économe des Cordeliers… quand l'Histoire impartiale, dis-je, pèsera ces deux hommes, si la balance n'est pas fausse, je sais, moi, de science certaine, de quel côté elle penchera.

Reconstruction des dortoirs Saint-Joseph et Saint-Yves.

Cour des Moyens : ouverture des fenêtres des classes du côté nord de la cour intérieure.