Entete des pages du site Anciens
Menu Spry pour les pages du site Anciens

Inauguration du terrain de sports et de la salle omni-sports de La Nourais

La présentation de cet équipement sportif installé sur les hauteurs de Léhon a fait l'objet d'une présentation dans le numéro 22, nouvelle série, de Ces Vieux Cordeliers, en juillet 1969.

Le samedi 31 mai fut un jour faste pour le collège. Le matin, nous célébrions la très Sainte Vierge qui, sous le vocable de Notre-Dame des Vertus, sans interruption depuis 7 siècles, étend son patronage sur cette terre des Cordeliers, son fief. Cette fête était présidée par Monsieur le Vicaire général Josselin, archidiacre de Dinan, ancien élève. Concélébraient avec lui Monsieur le Supérieur et des prêtres-professeurs de la Maison. A midi, Monsieur le Supérieur recevait à sa table les personnalités à qui devait revenir l'honneur d'inaugurer le nouveau complexe sportif de l'Ecole, Nous regrettons que sa modestie nous prive, et la littérature avec nous, du texte du toast qu'il prononça, un chef-d’œuvre de finesse et d'humour. Monsieur le Président Pléven, dans un toast final, devait louer la direction du collège qui sans subvention de l'Etat, a conçu et mené à bonne fin un projet grandiose : « Les Cordeliers appartiennent à l'histoire de Dinan, à son présent et à son avenir et tant que le collège sera entre vos mains et celles des professeurs qui nous assistent, nous savons que le présent et l'avenir seront bien assurés ».
A 14 heures, sous un soleil qui s'efforçait à sourire dans un ciel délavé, les notabilités présentes prenaient la direction du plateau de La Nourais. Nous avons reconnu Monsieur le Président Pléven, Monsieur Méheust, inspecteur général de la Jeunesse et des Sports, Monsieur Martin, inspecteur départemental, Monseigneur Pinault, évêque de Chengtu, Monsieur le Vicaire général Josselin, Monsieur l'abbé Robillard, curé-archiprêtre, Monsieur Blanchot, maire de Dinan, Monsieur Aubert, Conseiller Général, Monsieur Hervé, maire de Léhon, Monsieur Lecoq, architecte, et d'autres personnalités dont nous nous excusons de ne pas citer le nom. A l'entrée du terrain, un de nos élèves souhaita la bienvenue aux personnalités. Monsieur Pléven répondit avec humour et courtoisie : « Le vieil arbre auquel vous vous adressez salue en vous les espoirs des Cordeliers et cette grande école qui appartient à l'histoire de Dinan, à son présent comme à son avenir ». Le ruban tricolore coupé, il s'avança, et la foule derrière lui, entre deux rangées de sportifs en tenue. Arrivée sur l'esplanade principale, l'assistance admira des mouvements d'ensemble exécutés par plus de 200 élèves de 6ème et 5ème, sous la direction de M. Crochet. Quelques minutes plus tard, Monseigneur Pinault bénissait la Salle Omni-Sports. A l'intérieur les athlètes, sous la direction de M. Leton, exécutèrent des exercices gymniques et prouvèrent ainsi qu'ils sont de grande classe. Eurent lieu ensuite, sur les différents plateaux, des matchs de hand, foot, volley, basket-ball qui furent âprement disputés. En fin de journée, Monsieur Pléven remit la coupe de l'école aux équipes vainqueurs.
Une journée marquante dans les annales de l'école !

H. Diridollou.

Allocution de bienvenue d'Yves Rouxel

Sur la route de leur tradition séculaire, les Cordeliers sont honorés de vous voir poser cette borne du témoignage qui marque l'ouverture d'une ère nouvelle pour une éducation totale — Après 165 ans de rudes et incessants labeurs dans la vieille école qui a formé tant de générations le nombre a fait exploser le corset des murs devenus trop étroits — Chaque jour, déjà nous quittons le collège et, par les funiculaires modernes d'une société de cars nous arrivons à ce promontoire qui domine fièrement la cité médiévale — L’oxygène nous y est dispensé avec une générosité tantôt glaciale, tantôt tempêtueuse, mais si le vent du Nord fait trembler un peu nos membres, de jeunes arbres promettent à nos successeurs l'ombre et l'abri — Le temps qui arrange tout fera de ce plateau l'un des sites les plus agréables des environs et réservera à ceux que n'arrête pas la fatigue de l'escalade le spectacle le plus agréable et le plus grandiose qui soit. Mais aujourd'hui ce que nous sommes fiers de vous présenter, ce sont les terrains de jeux les plus divers, terrains de football, piste d'entraînement, aires de basket, de hand-ball, de volley, pelouses et macadam qui nous offrent les joies les plus pures et les plus variées de l'athlétisme... La salle enfin, véritable temple du sport, qui entre désormais dans les perspectives qui apparaissent au chevet du château de Dinan d'où l'on découvre son grand toit vert ; elle apparaît à l'intérieur dans ses larges dimensions et dans l'élan de ses voûtes de pleins cintres comme le lieu d'élection des classes d'éducation physique.

L'œuvre pourra vous apparaitre grandiose en une époque qui condamne tout triomphalisme, mais quand on sait que les Cordeliers ont mûri ces plans pendant plus de 165 ans, après une gestation aussi longue, comment s'étonner que l'aboutissement ait pris ces proportions ?

En un temps qui prétend éduquer la liberté de l'enfant et de l'adolescent et qui veut donner à la formation humaine sa totale expression, l'éducation physique n'entre-t-elle pas, et à quel titre, dans cette œuvre difficile.

La fantaisie, dit-on, a envahi de nos jours les domaines les plus variés de l'éducation n'est-ce pas précisément qu'on n'a pas fait appel suffisamment à nos réserves de volonté ? Or, par l'abnégation nécessaire à la perfection de nos mouvements, par le souci d'améliorer sans cesse nos propres records, par la générosité de tous les instants qui conditionne le succès de l'équipe, par la domination de nos réactions intimes au service du groupe, l'esprit sportif n'était-il pas fait pour nous aider à conquérir plus d'exigence sur soi-même que d'abandons faciles à ses humeurs de l'instant — L’éducation qui veut créer tout l'homme passe par le vrai sport. L'ambition unique de nos professeurs d'éducation physique est de livrer à nos autres maîtres des jeunes qui offrent prise aux exigences difficiles des sciences, des lettres et des arts qu'ils leurs enseignent, bien plus en formant des athlètes ils savent qu'ils contribuent à faire ces êtres solides, capables de recevoir la grâce divine qui ne s'appuie que sur de l'humain.

Ces complexes sportifs, toute cette infrastructure adaptée aux nouvelles exigences, cette réalisation de La Nourais est le témoignage concret d'une volonté chez nos maîtres d'éducation physique de prendre en charge, à leur place et de tout leur cœur, l'épanouissement aussi complet que possible de la personne humaine chez les élèves qui leur sont confiés.


Yves Rouxel.


Interview de Mr l'Abbé Ménard, économe des Cordeliers

La fête du 31 mai, l'inauguration du terrain des sports de La Nourais, de la salle omni-sports, nous ont semblé être le digne couronnement d'un effort de plus de 5 années.
Je me permets de vous interviewer pour le compte des lecteurs de « Ces Vieux Cordeliers ».
L'emplacement a été admirablement choisi, à proximité de Dinan qui offre à la vue, dans une échancrure de terrain, la cascade de ses vieux pignons, ses toits en colombage, ses tours, ses remparts crénelés.
Pour réaliser ce vaste projet, vous avez dû tabler sur le concours de sages conseillers, de solides amitiés, vaincre aussi des difficultés venant des hommes.

— Je n'ai pas eu tellement de difficultés à vaincre ; j'ai plutôt été poussé par les circonstances. Depuis plusieurs années, Messieurs les abbés Biou et Pépin réclamaient des terrains de sports car tous les jeudis ils s'en allaient à Lanvallay, à Pleudihen ou même à Saint-Jacut, ce qui entrainait d'énormes frais de déplacement ; les élèves passaient la moitié de leur temps dans le car. D'autre part, M. le Supérieur cherchait, à la même époque, la possibilité de séparer le 2ème cycle du 1er cycle de façon à aérer un peu notre maison. C'est cet ensemble de nécessités qui nous a amenés à chercher un terrain assez vaste.
Acheteurs éventuels, il nous fallait trouver le vendeur. Après plusieurs années de recherches infructueuses nous avons trouvé Monsieur de Saint-Mirel, neveu de Monseigneur Le Fer de la Motte qui nous a cédé le plateau de La Nourais. Ce plateau comprend 7 hectares.


— Vous vous êtes alors heurté à d'autres difficultés, les accidents de terrain par exemple.

— Grâce aux machines modernes, il est facile de faire de gros terrassements. Il y avait une dénivellation de 10 mètres, la hauteur d'une maison de trois étages. Mais grâce à M. Jean Rouault, notre ancien élève, expert-géomètre à Saint-Brieuc, grâce surtout à M. Lecoq, notre architecte, nous avons pu réaliser les différents paliers qui sont très reposants pour la vue. Il y avait environ 50 000 mètres cubes de déblais qui ont servi de remblais dans différents endroits du terrain, ce qui nous a permis de réaliser les paliers.

— L’architecte me parait avoir utilisé au mieux le terrain. Puis-je, vous accompagnant, vous demander de me présenter ce que vous avez réalisé ici ?

— Bien volontiers. La conception de l'ensemble du projet est l'oeuvre de M. Lecoq, notre architecte ; je crois qu'il a utilisé au mieux le terrain. Il a essayé différents plans il a passé des jours et des nuits à les élaborer et vous avez sous les yeux l'exécution du plan définitif. Je tiens à lui rendre hommage pour le mal qu'il s'est donné.
Lorsque vous arrivez par la route Dinan-Vannes, vous découvrez, à l'arrivée, le plateau d'évolution avec son sautoir et ses agrès, entouré d'une piste circulaire de 250 m, comprenant par ailleurs 2 pistes droites de 100 m. Plus haut, sur le plateau supérieur 2 terrains de football de 95 m de long sur 60 m de large. Ces dimensions rentrent dans le cadre des dimensions réglementaires. Regardez maintenant en direction du Sud-Est. Voici, en contre-bas, un autre plateau couvert de macadam ; il comprend un terrain de hand-ball, 2 de volley-ball, 2 de basket-ball. Revenons sur nos pas. Nous allons entrer dans la salle omni-sports devant laquelle s'étend un terrain de foot-ball pour entraînement.

— C’est la salle omni-sports qui retient avant tout mon attention. Je suis frappé par la vastité de ses dimensions — on la découvre de 4 km à la ronde, du château de Dinan, des hauteurs de Tressaint — de la qualité des matériaux, de la pureté de ses lignes.

— Je vous donne ses dimensions 44 m de long, 28 m de large, 10 m 70 de haut à la pointe il faut ajouter les annexes : 3 vestiaires qui peuvent contenir chacun 40 élèves, 12 douches, 2 bureaux de moniteurs, 2 locaux de rangement et une vaste chaufferie qui contient pour le moment une chaudière pour bureaux, douches et vestiaires. Elle peut recevoir à l'avenir un chauffage à air pulsé pour la salle. La charpente de la salle est en lamelle-collé plein-cintre et recouverte d'alutoit.

— Tout cela me paraît fonctionnel et il ne me semble pas téméraire de penser que vous ferez école, que d'autres collèges viendront ici s'inspirer de vos réalisations.

— Fonctionnelle ? Je crois que la salle l'est en effet. Tous les jeux de salle peuvent y être faits : hand-ball, basket, volley, tennis. Peuvent avoir lieu en même temps 3 match de volley ou 1 de basket et 1 de volley. Voici en plus tous les accessoires d'éducation physique : 12 cordes lisses de 7 m 50, 16 espaliers suédois, des plinthes, 3 barres fixes, 6 panneaux d'entraînement pour basket. L'hiver dernier, alors qu'il glaçait et neigeait, les élèves étaient dehors pour les séances de plein air par moment, ils ont eu froid. Je pense qu'il n'en sera pas ainsi l'hiver prochain. Mais cet ensemble : achat du terrain, terrassement, aménagement, construction de la salle, a coûté très cher, plusieurs dizaines de millions d'A.F (je n'ose dire le chiffre) et nous n'avons reçu aucune subvention de l'Etat.
Et, sans plus tarder, aux Cordeliers même, nous allons commencer la construction d'un nouvel ensemble de classes, de laboratoires de sciences naturelles et de langues, pour lequel nous ne recevons non plus aucune subvention de l’Etat. Pour financer l'affaire, nous avons lancé un emprunt. Tout prêt, important ou modeste, tout prêteur, seront bien accueillis. Mais ces prêts, il faudra les rembourser. Pour ce qui est des prix de pension, nous ne pourrons appliquer les tarifs des écoles de l'Etat. Que les parents ne s'en étonnent pas.

— La direction du Collège des Cordeliers a entrepris et mené à bien une belle œuvre. Elle mérite d'être félicitée.