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LES TRAVAUX AUX CORDELIERS

Au cours de l'été 1971, les aménagements faits dans l'établissement ne peuvent pas être qualifiés de grands travaux. Cependant, leur utilisté est indéniable comme le raconte le Supérieur, l'abbé Yves Allo, dans le numéro d'octobre 1971, à la page 6.

Si les habitués ont pu se faire illusion en ne voyant aucun signe de vie dans les secteurs ou les ouvriers avaient coutume de succéder aux élèves, ce calme n'a pas été synonyme de mort.

Tout d'abord, il a fallu livrer la cour Notre-Dame à une entreprise, de dératisation. Oh ! une entreprise très originale, car on n'a pas lésiné sur les moyens : buldozzers, pelleteuses, foreuses sont entrés en action et on a mis fin à une contestation d'un nouveau genre. Les premiers égoûts dataient au moins du Père Bertier sinon du monastère : c’était un très beau travail en maçonnerie, mais tout doucement il avait cédé sous la dent et les ongles des rongeurs. Ceux-ci s'étaient offert le luxe de galeries inextricables comme un labyrinthe de catacombes sous le bitume de la cour. De temps à autre, l'infra-structure minée par ces armées d'attaquants cédait et provoquait ainsi des effondrernents : fatigué de réparer et de colmater des brèches sans cesse renaissantes, l'économe décida d'en finir et c'est ainsi que le 1er juillet les excavatrices entrèrent en action et mirent au grand jour les palais souterrains où pullulait la gent ratière. L'opération se fit dans un certain secret car il n'eût pas manqué d'archéologues en mal de fouilles pour reconnaître dans un vieux puisard à la voûte surbaissée, l'entrée séculaire d'une salle au trésor. En fait, les rats en avaient fait leur Q.G. ; ils luttèrent pour le conserver mais le combat était inégal et contraints de refluer vers le Roquet ou le Jerzual, ils durent reconnaître que la seule voie d'accès désormais ouverte était pour eux les buses cylindriques qui n'aboutissent qu'à des « regards» où leurs attaques téméraires, risquent de s'achever dans une noyade désespérée.

Tranquilles du côté des rats, nous pouvions songer à vivre. Les équipes de travail se sont transportées dans l'Hôtel de Plouër. L'économat y avait émigré l'an dernier. Nous avons décidé d'ouvrir ces salles d'allure seigneuriale aux besoins de nos élèves. A l'entresol, on a aménagé deux salles de séjour pour les jeunes filles qui ont la possibilté d'y trouver calme et silence pour leurs heures d'études. Une autre salle a été aménagée pour Mlle Guéguen qui ajoute à son secrétariat la responsabilité des jeunes filles. Enfin, les manuels ont évacué l'immortelle boutique où gitaient en face, de chez M. le Censeur, par une habitude traditionnelle qui remonte au moins au Père Toublanc, dans l'obscurité et la poussière… Platon, Demosthène et Schakespeare… ils se sont établis dans une pièce lumineuse plus digne de leur valeur. Malheureusement leur poids de gloire a failli entraîner la rupture d'une poutre. Sa vieillesse respectable et le lent travail des vers, une habitude aussi de long farniente depuis les temps lointains du 16ème siècle ont fait que tout à coup elle a décrit une courbe inquiétante : quelques étais ont paré au plus pressé : les musées décidément ne sont pas faits pour les vivants.

A l'étage on a refait les petits dortoirs de nos jeunes élèves de 5ème, on a laqué les boiseries, dégagé de leur armature de bois les montants d'une belle cheminée de pierre en cette salle où peut être le complot des ligueurs a livré Dinan aux troupes royales de Henri IV… Nos enfants vont faire de beaux rêves… Mais là nous marquons le pas, nous atteignons les limites du temps et de l'espace…
Où irons-nous si les Cordeliers doivent encore s'agrandir  ?

Y. A.