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La vie aux Cordeliers au cours des années scolaires 1915-16 et 1916-17

Sous le titre "ÉCHOS DES CORDELIERS", le "Bulletin de l'Association amicale des Anciens élèves de l'École des Cordeliers" retrace les travaux des Assemblées générales du 8 juin 1916 et du 5 juin 1917.
"La vie dans l'Ecole" des deux années scolaires est présentée de la page 23 à la page 27.

Relever en quelques pages la vie des Cordeliers au cours des deux années scolaires dernières, telle est la mission de cette chronique introduite au Bulletin des Anciens. La tâche est aisée. Les Echos des Cordeliers s'en vont au front tous les deux mois, sous la forme d’une petite publication, porter à ceux qui sont à la Guerre des nouvelles de leur Collège : nous ne ferons que les résumer.

Commençons par la rentrée de 1915.
Jeudi 30 septembre est le jour du grand événement : la rentre ! On compte sur un succès.
La concierge qui, portail au grand, a la mission du premier accueil, a fait les calculs les plus précis et le soir elle affirme que les nouveaux dépassent la cinquantaine : elle ne s'est pas trompée. Aussi M. l’Econome a-t-il eu à résoudre un difficile problème et l'on a vu, besogne hardie, la Salle de musique déménagée et cédée à l'hôpital tandis que la classe de 4e B, redevenue dortoir Saint-Vincent comme jadis, était reliée à Saint-Pierre par un ingénieux tunnel, réalisant ainsi l'unité dormitoriale.
Les trois divisions rétablies, plusieurs cours de sciences et de langues réorganisés rendent à l'Ecole son développement normal.•
La retraite est prêchée par le R. P. Lambert, un apôtre de la communion fréquente : il fut très goûté.
La Congrégation de la Sainte Vierge fait ses élections et reprend ses réunions. Ajustage, plain-chant, gymnastique, musique, escrime fonctionnent à plein effectif.
Baccalauréat. — Deux fois la Faculté convoque les candidats. Session spéciale. à la classe 17 et session ordinaire d’octobre sont couronnées d'un complet succès.

21 Novembre. — Les Cordeliers reçoivent la visite de Mgr le Fer de la Motte. C'est l'occasion d'une charmante réunion le soir, à la Salle des Fêtes, où anciens et nouveaux élèves lui sont présentés un à un.
Au réfectoire, on admire le nouveau portrait de Monseigneur, photographie au platine encadrée dans un dessin, dû à la plume d'un de nos meilleurs ajusteurs.
Le lendemain, devant une assistance d'amis, un service solennel est célébré dans notre chapelle pour Marcel Baillat, élève de l’Ecole, mort au champ d’honneur. Monseigneur édifie l'assistance en retraçant le portrait de cette âme si généreuse, trop tôt ravie à tant d'affections et d'espérances.

8 Décembre. — La fête patronale, qu'avait précédée avant hier la Saint-Eloi, fête des ajusteurs, est présidée par M. le chanoIne Cotrel, archiprêtre de Saint-Sauveur.

26 Décembre. — Avant de prendre notre essor pour les vacances, nous avons songé aux absents. Au lendemain de Noël, une lettre collective a circulé dans les études pour chacun des professeurs du front et chacun a pu à loisir lui confier pour ses anciens maîtres les vœux de son affection.
Nous disons un adieu à la classe 17 qui va partir pour les dépôts commencer son instruction militaire.

Un long second trimestre — car Pâques est très tard — est commencé.
Vers le milieu de février, une intéressante séance de prestidigitation jette une note joyeuse.
Des réunions se tiennent chaque semaine aux Cordeliers pour les prêtres mobilisés. Elles ont lieu le mercredi soir. Toute la Communauté s'assemble à la chapelle pour le Salut qui les termine.
La fête Saint Joseph est prêchée par le R. P. Populaire, mobilisé à Dinan ; au soir de la fête, opéra-comique en 3 actes : Les millions de Zéphyrin, très désopilant.
Ensuite viennent les cérémonies de la Semaine-Sainte : Chœurs inédits de la Passion le jour des Rameaux ; pieux offices du Jeudi-Saint, puis du Vendredi et du Samedi dont l'Alleluia donne le signal du congé de Pâques.

Une épreuve nous atteint à la rentrée. M. Govet, notre professeur d'ajustage, vient de mourir. Toute l’Ecole accompagne à sa dernière demeure ce maître fidèle et dévoué.
Alors se succèdent à bref intervalle les grandes dates de l'année scolaire et de la vie de collège.
La Retraite de fin d'études, au mois de mai, est donnée par le R. P. Marc au vieux monastère de Léhon ; heures graves de la réflexion et du labeur spirituel : Dieu cherché, trouvé et goûté par l'âme. « J'ai passé ma retraite, écrivait un retraitant, en union continuelle avec Dieu. »
Et c'est la fête de la Communion solennelle et de la Confirmation. Trente-neuf enfants, préparés par le R. P. Gaultier, y prennent part et, en l'absence de notre Evêque encore souffrant, Mgr le Fer de la Motte répand sur ses enfants d'hier les grâces du Saint-Esprit.
Le 6 juin, Réunion des Anciens Elèves présidée par Monseigneur. Nous prions pour nos morts en un service solennel. Ainsi en sera-t-il en ces années de guerre ou la liste s'allonge rapidement de ceux que nous pleurons.
Enfin les fêtes du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur.
De cette dernière les Echos disaient : Il n'est pas possible d'imaginer reposoir mieux réussi que le vieux pont moyenâgeux avec le calvaire breton le dominant, la fontaine près de son contrefort, sous son arche le ruisseau rocailleux surplombé de rochers imposants. Au fond de la cour des moyens, un autel fleuri est érigé par la Congrégation. Partout ce sont guirlandes, tapis, tentures, corbeilles de fleurs. Ce fut une belle fête !
Un gros événement, avant le départ, a été la conversion de notre hôpital en hôpital pour tirailleurs sénégalais, 125 arrivent d'un coup au début de juillet. Des nègres aux Cordeliers !... Que n'aura-t-on pas vu pendant cette guerre ?
Et le lundi 17 juillet se fait la lecture du Palmarès. Sans apparat, à la salle des fêtes, chaque lauréat reçoit un .
diplôme aux armes des Cordeliers qui commémore ses succès scolaires.
La seconde année scolaire de guerre est terminée.

De la troisième, nous ne parlerons que brièvement, nous bornant à mentionner les quelques faits sortant du cours ordinaire des événements.
Rentrée encore très nombreuse. Il a fallu s’ingénier pour agrandir la ruche. Qu'est-ce, au fond du grand couloir, ces grandes armoires vitrées alignées le long des panneaux ? Ce sont les armoires du cabinet de physique. Elles ont quitté leur résidence pour faire place à un dortoir, le dortoir saint-Raphaël, et quinze lits bien rangés ont remplacé les tables occupées I’an dernier par les studieux élèves de Première.
Le corps professoral n’est pas modifié, ni surtout hélas ! augmenté. M. Le Guen, M. Argout, M. Gibet et bientôt M. l’Econome partent pour le front, laissant des vides bien sensibles et une charge plus lourde à ceux qui restent. L'édifice scolaire est à reconstruire.
Notons la fête de la Saint Charles le 4 novembre. M. le Supérieur accorde une sortie anticipée : grand'liesse pour la gent écolière.
•M. le chanoine Le Ridez, directeur des œœuvres du diocèse de Coutances, préside la fête patronale du 8 décembre.
Beaucoup de succès au R. P. Henry, notre ancien professeur, qui, de passage au mois de décembre, fait une conférence aux grands. Il reviendra prêcher la retraite de fin d'études.
Le maitre Kowalski est mort, il y a quelques mois. Une délégation des élèves assiste, le 29 février, au Service-Solennel célébré pour lui à Saint-Sauveur. C'est un hommage ultime rendu à la mémoire d'un vieil ami.
Le 3 mars, toute i'Ecole est conviée à une manifestation bien touchante. André Baillat reçoit la croix de guerre de son frère Marcel, et Jean Chiappini celle de son père. Devant la place Duguesclin, artilleurs et cavaliers, sabre au clair, forment le carré d'honneur autour des médaillés, à qui le colonel commandant d'armes remet la décoration des braves.
La fête de Saint Joseph est l'anniversaire choisi pour fêter un double jubilé professoral, celui de M. le chanoine Lemoine et de M. Leforestier. Vingt-cinq ans, c'est une belle et longue carrière déjà. Jamais mieux n'a été ressentie par chacun l'union des cœurs qui met en partage fraternel le bonheur d'avoir fait du bien et de l'avoir fait côte à côte. Mgr le Fer de la Motte a daigné apporter lui-même à la fête ses bénédictions et en rehausser l'éclat.
Triste et douloureuse, la mort de notre petit élève de 5e B, Francis Collin, victime d'un accident agricole pendant les vacances de pâques, mais combien pieuse aussi, puisqu'en pleine connaissance il offrait au bon Dieu le sacrifice de sa vie. Il avait 13 ans.
Un grand élan de prière a marqué le mois de Marie et le mois du Sacré-Cœur. Le Rosaire vivant pour le premier, l'Heure de veille de la Garde d'Honneur pour le second ont trouvé de nombreux adhérents.
Nous aimons à croire que le ciel a béni ce mouvement de piété, qui a trouvé son couronnement comme l'an passé dans une belle et touchante fête du Sacré-Cœur tout enguirlandée, toute fleurie, et dans de sérieuses et généreuses promesses inscrites sur le Bulletin Eucharistique remis à chacun avant le départ en vacances, pour l'inviter à continuer dans sa famille la fréquentation des Sacrements.
Tout n'est pas dit. Mais il ne s'agit pas de tout dire. Il est aisé à chacun de suppléer en levant le coin du voile de ses propres souvenirs. Si le chroniqueur a jeté de-ci de-là un mot qui vous y ait aidé, il a rempli sa tâche : celle de rattacher au présent votre passé fidèlement aimé.