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La vie aux Cordeliers au cours de l'année scolaire 1917-18

Le "Bulletin de l'Association amicale des Anciens élèves de l'École des Cordeliers" retrace les travaux de l'Assemblée générale du 18 juin 1918.
"La vie dans l'Ecole", sous le titre "Echos des Cordeliers", est décrite de la page 24 à la page 29.

Juin 1917 à juin 1918, que s'est-il passé à l'école entre ces deux dates qui vaille la peine d'être conté aux anciens ?
Entreprenons-le, suivant l'usage ; il semble qu'une telle narration ne sera pas dépourvue d'intérêt pour nos lecteurs.

1917. — Le premier événement à noter est la Fête du Sacré-Cœur. On sait qu'elle est chez nous l'occasion d'une grande manifestation eucharistique. Sanctuaire, cloître, cours et jardins, tout est orné de fleurs, de guirlandes, d'écussons et de drapeaux. M. Pilorget, à la veille de nous quitter pour la caserne, a exécuté un reposoir fort admiré : une tour en ruines, un mur qui s'écroule, des faisceaux d'armes, des obus, des rondins et jusqu'à des réseaux de fil de fer. Nos bons Sénégalais, hôtes de l'hôpital, n'en reviennent pas d'étonnement. Le matin, il y avait eu réception dans la Congrégation de la Sainte-Vierge.

25 juin. — Examen d'admission au Grand Séminaire ; quelques jours plus tard, session du Baccalauréat. Félicitons les heureux vainqueurs ; ils avaient été à la peine, ils furent nombreux au succès.

9 juillet. — Réunion annuelle de la Conférence Saint-Vincent de Paul, présidée par l'Archiprêtre de Saint-Sauveur.

16 juillet. — Distribution des prix. Salle des fêtes illuminée, visages radieux : la gent écolière ne connaît pas la tristesse quand il faut partir.

 

Octobre est bien vite revenu. Le premier jour du mois, la retraite des professeurs commence. Elle est prêchée — ainsi que celle des élèves — par le R. P. Cormier, de l'Ordre de Saint-Dominique. Peu de maîtres encore, il en reste quinze aux armées.

Le 4, a lieu la rentrée des pensionnaires. Ecoutons un de nos jeunes anciens ; il nous écrivait du front : « Cette rentrée, j'en revois le tableau. La porte au large ouverte ; Marie-Rose trônant, tel Saint-Pierre à la porte du Paradis ; puis la grande allée encombrée de commissionnaires, de malles, de groupes causant avec les professeurs ; le vieux cloître, si morne pendant les vacances, et maintenant si gai ; à droite et à gauche, les deux cours jonchées de feuilles jaunies; cette cour intérieure où l'on s'oriente, les uns vers la lingerie, les autres vers l'escalier qui mène chez M. le Supérieur ou chez M. l'Econome. »
Et il achevait mélancoliquement : « Où est-il, ce bon temps que l'on ne sait pas apprécier ? » N'est-ce pas qu'il a bien vu et que l'on ne saurait mieux dire ?
L'année scolaire s'organise : la Congrégation se groupe ; les visiteurs des pauvres s'inscriront bientôt ; gymnastique, préparation militaire, escrime, musique vocale retrouvent aussi leurs fidèles champions ; le football lui-même a fait ses élections.

19 octobre. — L'heure est venue pour nos candidats d'affronter la redoutable Université qui décerne les diplômes et fait les bacheliers : le résultat a été des plus brillants, pourquoi ne pas le reconnaître ? Nos classes de philosophie et de mathématiques (puisque celle-ci va renaître) seront largement peuplées.

1er novembre. — La Toussaint, les Morts, pélerinage au cimetière.

3 novembre. — Saint-Charles. Après le deuil, liesse et gaité. Nous faisons de notre mieux pour fêter notre très aimé Supérieur.
Le lendemain passe aux Cordeliers M. l'abbé Roitel, curé de Saint-Jean-Baptiste de Verdun, aumônier militaire, qui nous fait une belle et intéressante conférence sur la citadelle imprenable de l'est et sur nos soldats.

8 décembre. — Notre fête patronale de l'Immaculée Conception a pour prédicateur M. l'abbé Quévet, recteur de Quévert. Elle a été marquée par un événement dont se conservera le souvenir. Au pied de l'escalier d'honneur, sur le seuil de pierre tant de fois franchi, a été érigée une statue de Notre-Dame. La Sainte-Vierge tend les bras aux enfants et aux visiteurs, emblême plein de charme destiné à rappeler à tous ceux qui entrent ici qu'ils entrent « chez Elle ». La bénédiction solennelle du petit monument a eu lieu à l'issue de la grand'messe. Depuis lors, nous saluons dévotement Marie au passage.
Mais une ombre a passé sur notre horizon. Et ceci n'est pas une métaphore, comme aiment à en faire nos rhétoriciens : à Dinan commençait en effet la crise du luminaire. On s'est efforcé à y parer : vieiles lampes de cuivre redescendues du grenier, règlement quelque peu modifié, et — il l'a bien fallu — départ anticipé en vacances de Noël.
Aussi a-t-on voulu d'autant plus célébrer les « Rois » qu'on n'avait pu solenniser « Noël ». Ce dimanche 6 janvier était en même temps une journée de prières pour la France. Nous en avons fait une sorte de retraite, et, devant le T. S. Sacrement exposé, chacun a renouvelé ses bonnes résolutions. Le soir, au salut, Noëls traditionnels et, au réfectoire, malgré les restrictions, chacun eut sa petite portion de gâteau ; les rois de chaque carré furent salués d'un triple ban d'applaudissements.
Au cours de février, des travaux sont entrepris dans les canalisations qui donnent à notre jardin l'aspect d'une carrière en exploitation. On a taillé également les platanes de la cour des classes. L'eussiez-vous cru, ces arbustes d'hier dépassaient déjà les toitures.
Enfin nous voici au grand événement de cette année : le Centenaire de la Congrégation. C'est le mardi 12 mars qu'a été célébré ce mémorable anniversaire autour de Mgr le Fer de la Motte. On sait que la Congrégation des Cordeliers fut fondée en 1818 par le célèbre et saint abbé J.-M. de Lamennais. 1500 jeunes gens ont été depuis lors inscrits sur ses listes, et que de noms pourraient être cités :
Mgr de Nantes, congréganiste en 1880 et dix-huit ans directeur de la pieuse Association, en chanta les louanges et en dit les bienfaits à l'Evangile de la grand'messe, durant laquelle il tenait chapelle pontificale.
L'après-midi était représenté un mystère à la façon du moyen-âge : « Notre-Dame », œuvre pieuse non moins que littéraire et musicale, due à la collaboration de deux professeurs. C'est une sorte de reconstitution historique où sont retracées, avec les origines de la Maison, les manifestations de la piété des pélerins envers la douce « Imaige » de Notre-Dame des Vertus, remise par Saint-Bonaventure à notre lointain fondateur, le chevalier-moine baron d'Avaugour. Ainsi s'achevait le soir, l'action de grâce commencée le matin à l'égard de Celle qui, non seulement depuis un siècle, mais depuis 700 ans bientôt, est vraiment bien, au vieux cloître des Cordeliers, notre Dame.
Notre Saint-Père le Pape Benoît XV avait daigné, à cette occasion, nous envoyer la bénédiction apostolique ; en retour, nous lui adressâmes télégraphiquement nos sentiments et nos vœux.
Ce deuxième trimestre s'achève dans des examens où nous remportâmes des trionphes que Rome et Athènes — en disait notre Président — eussent applaudi sur le Forum et aux Jeux olympiques : au certificat de préparation militaire, onze candidats, onze reçus ; — aux brevets de diverses capacités (tireur, grenadier, topographe, etc… etc…) les deux tiers des diplômes de l'arrondissement de Dinan, soit 29 sur 44 ; — enfin deux diplômes de moniteur, les deux seuls obtenus dans la subdivision de Saint-Malo.
C'est hélas ! aussi l'annonce du départ de notre chère classe 19. Qu'elle demeure vaillante et généreuse, fidèle à son Dieu et à son devoir, comme ses devancières !
Pâques a ouvert aux oiseaux les portes de la volière ; malheureusement ce fut la pluie au lieu des beaux jours entrevus, et il ne purent guère ouvrir leurs ailes impatientes. Au retour, ils trouvèrent une trentaine d'oisillons nouveaux, pauvres petits réfugiés que la tempête avait chassés jusqu'à nous.

24-25 avril. — Retraite de fin d'études pour nos grands. Ainsi qu'à l'ordinaire, elle se donne à Léhon dans la solitude de l'antique prieuré bénédictin. Rarement retraite se fit de plus grand cœur et plus généreusement. Le prédicateur y fut pour beaucoup — c'était le R. P. Travers, eudiste de Plancoët — la grâce d'en haut bien davantage encore.

1er mai. — Conférence très intéressante sur l'Université Catholique d'Angers, de laquelle nous relevons, par M. Cesbron, professeur de la Faculté de Droit.
Puis Monseigneur le Fer de la Motte est arrivé aux Cordeliers, devant, la semaine suivante, conférer la Confirmation dans les paroisses des environs de Dinan. Un triste événement l'attendait. Après quelques jours seulement de maladie s'éteignait pieusement, le 3 mai, M. le chanoine Le Covec, curé-doyen de Saint-Malo, toujours si dévoué à l'Ecole. Sa grandeur présida les funérailles, auxquelles assistaient tous nos élèves.
Le 9, en la fête de l'Ascension, double cérémonie de la Communion solennelle et de la Confirmation. Préparés par le R. P. Pavoine, nos enfants goûtèrent à leur tour ces joies inéfables dont on se souvient jusqu'au dernier jour.
A signaler pendant le mois de mai l'institution parmi nos enfants du « Rosaire vivant » : 168 chapelets récités volontairement chaque jour.
Et voici juin de nouveau, qui va nous ramener la visite des chers « anciens ». Ce sont les processions de la Fête-Dieu de la ville, où nous avons notre place ; c'est surtout fête du Sacré-Cœur. M. Le Guen a édifié un reposoir aussi grâcieux qu'original : un moulin à vent d'autrefois, dont les larges ailes semblent prêtes à moudre le froment substantiel, image de l'Aliment des âmes qu'elles abriteront un instant.

Alors le 17 juin ce fut votre venue que nous saluâmes. Entrez, amis, — vous dirons-nous, en empruntant le mot de la Pucelle — entrez, tout ici est vôtre.

(D'après le journal Les Echos des Cordeliers).