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La vie aux Cordeliers au cours de l'année scolaire 1918-19

Les événements de l'année scolaire 1918-1919 ont sûrement été ressentis comme moins importants que ceux qui concernaient la situation de la France ou les relations internationales. En effet, le bulletin de l'Association des Anciens élèves ne reprend la rubrique, devenue traditionnelle, « La vie de l'école » qu'à partir de la mi-juin 1919.

La source étant tarie pour cet automne et cet hiver 1918-1919, nous reprenons le texte d'introduction de la présentation de la réunion des Anciens qui eut lieu le 17 juin 1919.

 

Assemblée générale de l'Association des Anciens élèves

Il pleut, il vente, l'horizon est gris, l'esprit morose et, bien que le froid ne sévisse pas, c'est l'hiver. Pour le fuir, amis lecteurs, voulez-vous que nous retournions à l'été, en ce mercredi 17 juin qui fut un jour de soleil, de clarté et de chaleur – mieux que cela, une de ces dates dont on aime à conserver « douce souvenance », parce que l'on y a goûté de véritables joies.

Nous étions « à la maison », la seconde et non moins aimée « maison de famille », et c'était en « frères » que nous nous y rencontrions. De ce rendez-vous, beaucoup n'avaient pu jouir depuis bien des années déjà, la plupart depuis le début des hostilités : aussi cette fois quelle revanche ! Revoyons par la pensée le nombre* considérable des jeunes qui, rendus libres, s'empressèrent d'accourir et donnèrent à notre Assemblée de 1919 un caractère particulièrement animé et enthousiaste.

« Le charme de se retrouver réunis au lendemain de la victoire », comme le portait l'invitation que nous vous adressions le mois précédent ; ainsi, nous semble-t-il, s'expliquent, sans plus, et l'affluence de ceux qui y avaient répondu par leur présence, et le réel plaisir que tous, visiblement, éprouvaient.

Or, cette allégresse, comment Monseigneur le Fer de la Motte ne serait-il pas venu avec ses enfants ? Nulle fête en nos Cordeliers ne peut sans lui se concevoir. Il y fut père et le demeure malgré la distance ; il se doit donc de prendre sa part de nos jubilations, comme il sait, on ne peut plus délicatement, toujours sympathiser à nos tristesses.

Mais le T. R. P. Lucas, lui, pourrait-il être avec nous ? Le deuil très récent et si douloureux qui venait de l'atteindre dans la personne de l'éminent et vénéré Père le Doré lui permettrait-il de se dérober aux hautes obligations qui allaient lui incomber ? Nous en étions à nous le demander, avec quelque anxiété, avouons-le, lorsque nous eûmes la surprise de l'une de ses aimables missives que notre dévoué Président trouve moyen de nous faire parvenir, même au milieu de ses plus prenants labeurs, et qui enlevait toutes nos inquiétudes : « Je serai au milieu de vous », écrivait celui que nous avons eu tant raison de mettre et de maintenir à la tête de notre Association, « j'y serai parce que j'estime que là est le devoir. » Ne penserez-vous pas, chers camarades, qu'il ait lieu de lui en marquer notre sincère et reconnaissant merci ?

***

« Lendemain de victoire », c'était donc bien vrai. Fini enfin le cauchemar de la guerre ! Dissipés les nuages sombres qui des ans et des ans avaient obscurci l'horizon ! Et, bien que la paix ne fût pas jusqu'à cette heure signée, du moins n'était-il plus question que d'elle et s'y acheminait-on sûrement, encore que lentement. Là-bas ils s'étaient tus, les grondements lugubres des canons et le fracas des engins de mort, tandis que chaque jour voyait rentrer au foyer, rieurs et triopmphants, ceux qui s'étaient battus en héros, dans la plus interminable et la plus horrible des mêlées.

Ah ! Qu'il nous plaisait, dans cet interminable et grandiose défilé, de saluer au passage les nôtres ! Car où n'y en avait-il pas, des Anciens des Cordeliers ? À la Marne, à Verdun, sur la Somme, l'Yser, l'Aisne ou l'Oise, et encore en Alsace ou en Lorraine, et en Italie, et en Serbie, et en Macédoine, et partout, vous dis-je.

En quelque endroit que ce fût, ils y aaient accompli, simplement mais vaillamment, jusqu'au bout, à la française, à la bretopnne, ce que la Patrie attendait d'eux. Les 210 citations à l'ordre du jour enregistrées jusqu'ici, n'en sont-elles pas l'éclatant témoignage ?

Et, nous enorgueillissant de leur bravoure, nous nous réjouissons de les revoir, de les acclamer, de les dédommager. Telle une mère, désireuse de presser ses fils entres ses bras, ainsi notre vieille Ecole se préparait-elle à les recevoir.

***

Cependant, tous ne reviendraient pas. Et consentirions-nous jamais à les laisser sombrer dans l'oubli, nos 173 victimes ? Cette année, oui, nos âmes avaient le droit d'être tout en liesse, puisque joyeuses avaient retenti les cloches de l'armistice, mais nos morts, les morts chéris, les morts glorieux, n'avions-nous pas le devoir de les associer à nos ovations et à nos hosannas, en même temps que de faire monter au ciel en faveur de leurs âmes la prière du souvenir ?

Et c'est pourquoi avait été composée, tout exprès pour la circonstance, une hymne, à la fois remplie d'humaine douleur et de chrétienne espérance, que nous avions intitulée « Oraison pour nos morts ». On comprendra que nous ne parlions – et pour cause – que de la partition musicale ; le rôle littéraire, dans ces sortes d'œuvres, n'étant en réalité que l'accessoire.

M. Pauwels y fit montre plus que jamais d'un talent absolument remarquable. Les sentiments divers y sont traduits, tantôt par les soprani dont les voix légères et suaves s'élancent – c'est le mot – jusqu'à Dieu pour implorer

« Que la lumière du Paradis
Tous les éclaire
Aux saints Parvis »

tantôt par les basses, dont les notes graves pleurent nos disparus et supplient :

« Bon Jésus, donne aux morts l'éternelle paix :
O Dieu de la Victoire
Que leur âme en ta gloire
Repose en paix,
En paix ! »

Et de même que l'alternance des voix, la puissance des chœurs produisit-il une impression profonde qu'il nous a été agréable d'entendre de bien des bouches – dont quelques-unes des plus autorisées – pour la transmettre à l'artiste aussi émérite que modeste.

Le secrétaire de l'Association, J. Holtz.

* : 122 anciens élèves ont assisté à la réunion (55 se sont excusés).

 

La vie dans l’école

Que se passe-t-il à l’intérieur des frontières de ce minuscule Etat qu’est un collège ? Qu’y avons-nous fait depuis un an ? Quels événements sont venus y rompre la monotonie des jours ? Comment l’unité de l’œuvre se poursuit-elle à travers la variété des détails ? Quelles sont les dates les plus saillantes de notre « vie dans l’école » ? Si vous le désirez savoir, amis lecteurs, les notes qui suivent ont pour but de répondre à des questions que vous avez tout droit de vous poser.

Nous les extrayons du « Carnet d’un élève ». Vous en excuserez le décousu, le style bref et parfois… écolier. Ce ne devait être pour son auteur qu’un simple memorandum.

17 juin 1919. – Réunion des Anciens. Très chic. On s’est bien amusé à voir nos cours et le cloître envahis par ces « vieux » qui semblaient enchantés de se retrouver entre nos murs… Quand mon tour viendra-t-il d’être de leur nombre ?

18 juin. – Sous le patronage de Mgr le Fer de la Motte, séance annuelle de la Conférence de Saint-Vincent de Paul. Les conférenciers de la ville fusionnent avec les nôtres. Disours et rapports habituels.

23 juin. – Date historique pour les candidats au Bac. Rhétos et Philos partent vers Saint-Brieuc. Bonne chance à eux !
… Il paraît que la paix est enfin chose faite. Tout est joie, mais ce n’est plus le délire de l’armistice. Un salut à la chapelle, décorée de drapeaux tricolores, et le Te Deum.

27 juin. – Aux Cordeliers, fête des fêtes : le Sacré-Cœur. Un jeune prêtre, M. l’abbé Marcadé, chante la grand’messe à l’autel où il servit autrefois comme enfant de chœur. C’est beau cela… Toute la journée, branle-bas général à cause de l’érection des reposoirs et de l’ornementation de la Maison… J’ai surtout travaillé aux guirlandes.

2 juillet. – Sortie anticipée à l’occasion de la signature de la paix. Que cela n’arrive-t-il plus souvent !

8 juillet. – Des messieurs graves et discrets ont été vus déambulant dans nos corridors ; on dit que ce sont les membres du bureau de la Société Anonyme, qui tient ses assises semestrielles.

12 juillet. – A la fin du dîner, j’ai été bien surpris : des applaudissements ont crépité soudain à la lecture du martyrologue. Je ne me rappelais plus que c’est demain la Sainte-Eugène. L’Evêque nous aura sans doute entendu jusque de Nantes, car… on en a mis.

14 juillet. – Fête de la Victoire ! Le beau nom et la grande chose ! J’ai communié avec mes camarades en action de grâces et pour la France. Puis nous avons assisté à la revue des troupes sur la place du Champ, et nous sommes rendus avec la foule au cimetière. C’était impressionnant… A midi, on a festoyé pour la Saint-Eugène. Merci à Monseigneur de nous avoir gâté de… ses gâteaux.

16 juillet. – Nous allons à la distribution des prix. M. le Vicaire général Le Petit en est le Président. Le jour de gloire est pour nous arrivé… Vais-je avoir quelques succès, Je l’espère.

Source : Le texte de l'assemblée générale est extrait du bulletin de l’Association des Anciens élèves de 1919, pages 8 à 11.

La "Vie dans l'école" est tirée du bulletin de l’Association des Anciens élèves de 1920, pages 42 et 43.